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Air Doll, film poétique sur une société de solitude

Bonjour à tous ! On se retrouve aujourd’hui pour une petite critique de film, et pour cette reprise j’ai choisi de vous parler d’une œuvre sortie il y a quelques années : Air Doll réalisé par Hirokazu Kore-eda. Ce n’est pas le genre de films vers lequel je me tourne habituellement mais je l’ai trouvé autant puissant dans son sujet que fin dans sa réalisation. Je ne suis pas une grande spécialiste du cinéma japonais -ma culture s’arrête aux films du studio Ghibli- mais ce film a été une belle découverte dont j’avais envie de vous parler.

Avec Air Doll, Kore-eda offre au spectateur deux heures de poésie, un film léger mais à la fois prenant et lourd de sens. Le contexte semble dans un premier lieu surprenant pour le spectateur : Hideo, un homme célibataire, s’est construit une histoire d’amour avec Nozomi, sa poupée gonflable -clairement, c’est peu anodin Dans une société où l’objet prend le pas sur l’homme, où la place des poupées se popularise, le portrait de cet homme ne choque pas, loin de là. Kore-eda utilise un phénomène de société grandissant pour porter à l’écran un message fort. Le film s’ouvre avec une certaine brutalité pour le spectateur : Hideo, qui rentre tout juste du travail, nous plonge dans son quotidien. Rien de plus normal pour lui mais une forme de gêne s’installe pour le spectateur qui voit le personnage interagir avec cette poupée de plastique -il en ressort à la fois quelque chose d’attendrissant, de naïf mais aussi de triste vis-à-vis de la solitude à laquelle cette homme fait face- De fait Kore-eda plante déjà le message : dans notre société actuelle, les Hommes ne parviennent plus à nouer des liens entre eux. En effet, Hideo est très seul, une solitude qui fait écho au silence de Nozomi. Malgré les apparences, il ressort de cette relation un mal-être de la part d’Hideo, qui ne parvient pas à sociabiliser et se réfugie dans les bras d’un accessoire. Le personnage se révèle touchant sans tomber dans le pathos. En décalage avec la société, dénigré par son patron, c’est dans les bras de Nozomi qu’il trouve sa place et parvient à s’extravertir.

Photo extraite du film Air Doll réalisé par Hirokazu Kore-eda. Source : www.trigon-film.org
Photo extraite du film Air Doll réalisé par Hirokazu Kore-eda. Source : www.trigon-film.org

Malgré une certaine innocence dans cette relation, Kore-eda transmet un message fort à travers le personnage de Nozomi. En effet, la poupée représente d’une certaine façon l’image de la femme idéale : elle écoute Hideo sans le contredire, sans même rien dire, attend son retour du travail et le satisfait sur le plan sexuel -en bref, c’est une vraie poticheAu-delà de sa forme de poupée, elle est la métaphore de la femme au foyer modèle. Mais Nozomi s’émancipe de ce modèle en prenant vie, donnant à Air Doll un aspect fantastique tendant vers le merveilleux. En commençant à se mouvoir, à parler, la poupée perturbe le réel et représente l’anormal dans un univers qui ne cesse de la rejeter. Rares sont les personnes à l’accepter, Nozomi est rejetée en masse, en particulier par les femmes, et une partie des hommes, comme son patron, ne voient en elle qu’un attrait sexuel. Fort heureusement, Nozomi fait des rencontres lui permettant de grandir et tombe amoureuse.

Néanmoins, quand la poupée s’intègre un peu plus à l’univers qu’elle découvre, sa condition d’objet lui est sans cesse rappelée. De fait, l’écart qui la sépare des hommes ne fait que se creuser. Ne concernant d’abord qu’un simple détail de l’ordre de l’apparence, elle apparaît comme un objet fragile suite à une coupure qui la vide de son air. Ainsi, au fur et à mesure que le personnage semble trouver ses marques, sa différence lui est rappelée toujours plus violemment, atténuant la naïveté qui l’anime. Effectivement, Nozomi se montre émerveillée du monde qu’elle découvre, ce qui se retrouve à travers la mise en scène de Kore-eda. Le réalisateur cherche à filmer de façon sensitive pour retranscrire les émotions vécues par son personnage -on notera la très belle scène où, en train de se vider de son air, Junichi sauve Nozomi, geste appuyé par un arrêt de la musique- Le rôle aurait pu être risqué pour Doona Bae mais cette dernière interprète Nozomi avec une légèreté et une douceur saisissante. Sans jamais tomber dans le ridicule, elle rend le personnage attachant, attendrissant.

Photo extraite du film Air Doll réalisé par Hirokazu Kore-eda. Source : www.telerama.fr
Photo extraite du film Air Doll réalisé par Hirokazu Kore-eda. Source : www.telerama.fr

A travers Air Doll, Kore-eda montre que l’objet a pris le pas sur les relations humaines, Nozomi présente une sensibilité plus forte que celle des hommes qui l’entourent. Cette poupée au cœur qui bat cherche par-dessus tout à s’adapter à ce monde nouveau hostile à sa présence. Seule face aux autres, Kore-eda entraîne son personnage dans une quête identitaire où elle trouvera en partie une réponse chez Sonoda, son fabricant. En lui présentant son stock de poupées à jeter, Nozomi découvre qu’elle n’est pas la seule à avoir un cœur. Ces poupées démantelées apparaissent d’une certaine manière comme le symbole de la femme indépendante, en quête d’émancipation et qui s’oppose à des normes sociétales. Tout comme elles, Nozomi se démarque des autres femmes qui, dans Air Doll, sont présentées sous des traits séduisants ou maternels quand il ne s’agit pas d’enfant. Le personnage ne trouvera pas l’affection recherchée auprès des êtres humains qui l’entourent, même sa relation avec Junichi mènera à l’échec.

Via Air Doll, Kore-eda transmet un message puissant, celui d’une société profondément solitaire et qui s’enfonce dans ses traditions, réfractaire à l’autre, à l’étranger. Le cinéaste réalise ici une critique de la société tout en douceur, favorisant l’aspect poétique, relevant presque du conte à la violence d’un discours engagé. J’espère que cet article vous a plu, avez-vous vu Air Doll ? Qu’en avez-vous pensé ? Donnez-moi votre avis en commentaire. On se retrouve la semaine prochaine pour un nouvel article !

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2 Comments

  1. Je n’ai pas vu Air-Doll, en faite je le découvre via ton article … Il me semble d’ailleurs reconnaitre l’actrice qui joue dans Sens8 ^^
    En tout cas se film à l’air super mignon, et c’est tout à fait il est de plus en plus difficile dans notre société de se lier aux autres … par peur du rejet, des moqueries ou d’une trahison … ect
    Je vais essayer de me le procurer ^^
    Bises
    https://mellecupoftea.wordpress.com

    • Léa Dabrowski Léa Dabrowski

      Bonjour, merci pour ton petit commentaire 🙂
      Je pense que tu peux le trouver sur les différents sites de streaming ou sur Netflix peut-être.
      Passe une belle journée !

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