Skip to content

Les oubliés, portrait touchant d’enfants de guerre

Bonjour à tous ! On se retrouve aujourd’hui pour un nouvel article critique -après une petite absence, vous m’en excuserez- Ces derniers temps, j’ai écrit des critiques exclusivement sur des films récemment sortis, que vous pouviez retrouver à l’écran. Mais cette semaine, on va parler d’un film sorti il y a un peu plus longtemps -2015 précisément- Les oubliés, réalisé par Martin Zandvliet. J’ai eu la chance de voir ce film en salle -sans quoi je serais très probablement passée à côté- à l’occasion de la participation du lycée Mézeray d’Argentan au concours Jean Renoir.

Avec Les oubliés, Zandvliet met au centre de l’attention un événement d’après guerre malheureusement inconnu d’un grand nombre de personnes tout en s’inspirant de faits réels. L’intrigue se passe sur les côtes danoises, suite à la Seconde Guerre mondiale, les plages infestées de mines sont infréquentables. Le sergent Carl Rasmussen se retrouve alors responsable d’un groupe de jeunes soldats allemands qui, pour pouvoir espérer rentrer chez eux, doivent déminer au risque de leur vie les côtes du pays. Le réalisateur signe une œuvre filmique forte et puissante, que ce soit tant via une écriture soignée qu’à travers une forme filmique maîtrisée.

En effet, Zandvliet réalise un travail sur la profondeur de champ remarquable, cette dernière, très courte, s’ouvrant rarement, n’est autre que l’expression d’un blocage, d’une évolution quasi impossible dans la situation des personnages. Ces jeunes Allemands payent et paieront le prix de cette guerre, tant de leur propre personne -ici avec le déminage des plages- que dans la considération portée par autrui -le personnage de Ebbe en est d’ailleurs le parfait exemple- Cette profondeur de champ réduite à son minimum montre cette oppression vécue par les personnages, le doute et le tiraillement qui minent Carl. Personnage complexe, il est écrit avec finesse et développe une psychologie cohérente, purement humaine. A cheval entre la haine et la pitié envers ses recrues allemandes, il reste un protagoniste imprévisible, permettant l’installation d’une forme de suspense, d’une tension enrichissant le film d’émotions.

Photo extraite du film Les oubliés réalisé par Martin Zandvliet. Source : www.mondocine.net
Photo extraite du film Les oubliés réalisé par Martin Zandvliet. Source : www.mondocine.net

Cette idée de stagnation des personnages, d’emprisonnement dans une situation subie, est renforcée par une caméra majoritairement immobile. Les plans sont fixes, à l’image d’une pensée rigide, d’a priori envers ces jeunes, profondément ancrés dans les consciences. Ils doivent convaincre de leur bienveillance, tout est une question de preuve à faire. Seuls les actes comptent quand les sentiments, les émotions eux sont refoulés. Ce n’est que lorsque ces derniers refont surface, que l’instinct humain de l’affect reprend le dessus que l’image bouge, s’affole. Le réalisateur le traduit parfaitement lors de la mort de Werner, capturant le personnage d’Ernst affolé, cherchant son frère via une caméra épaule dont les images saccadées retranscrivent le choc et la panique du jeune homme. La mort de ces jeunes soldats n’est pas anodine.

Effectivement, ce sont ceux qui espèrent trop, qui naïvement pensent pouvoir retrouver l’Allemagne d’autrefois, qui s’imaginent un avenir radieux qui succombent aux mines. Cet espoir qui les anime se retrouve entre autres dans les tons de leurs tenues : bleus, couleur du rêve. Ils subissent la dureté de la vie, de la guerre et en payent le prix. Eux qui se cachaient derrière des illusions n’en sortent pas indemnes, pour survivre il faut grandir, faire face à l’inhumain et ne rien espérer. Ces jeunes Allemands, perçus comme des monstres par le peuple danois, Zandvliet les humanise à travers divers gros plans, permettant au spectateur de s’y identifier. Comme eux, nous sentons une forme de culpabilité, l’humiliation infligée mais surtout naît dans le ressenti spectatoriel un sentiment d’injustice profond face aux traitements infligés à ces enfants. Via ces gros plans est révélée la nature profonde de ces protagonistes, leurs désillusions, leurs blessures. Ils ne sont que des enfants, à peine plus vieux qu’Elizabeth, jeune fille voisine de leur camp avec laquelle le réalisateur fait un parallèle flagrant. Alors que cette dernière joue, profite de la naïveté que son âge lui offre, les Allemands, eux, sont brisés. Ils sont à l’image de la poupée cassée d’Elizabeth, brisés tant sur le plan physique que psychologique. Cette construction en miroir, Martin Zandvliet la répète à plusieurs reprises, que ce soit vis-à-vis de la thématique de l’enfance ou concernant l’horreur humaine.

Photo extraite du film Les oubliés réalisé par Martin Zandvliet. Source : www.digitalcine.fr
Photo extraite du film Les oubliés réalisé par Martin Zandvliet. Source : www.digitalcine.fr

De fait, alors que les Allemands sont traités tels des monstres, ces jeunes payant pour les actes inhumains des Nazis, les Danois eux se comportent d’une même manière à leur égard. Le cinéaste n’oublie pas non plus d’exploiter la nature, cette dernière jouant sur le plan métaphorique un rôle fort. Insaisissable, hostile par les conditions qu’elle impose à la brigade de jeunes Allemands, elle peut être perçue comme le reflet d’une nature humaine cruelle, mettant autrui à l’épreuve. En outre, elle représente aussi cette ambiance d’après guerre via ses plages débordant de mines enfouies : les blessures bien que cachées sont belles et bien présentes mais l’image renvoyée est celle d’un optimisme sans faille face à la fin de la guerre. Mais ces plages sont aussi une forme d’espoir pour les soldats allemands. L’horizon est synonyme d’avenir, de futur, d’espoir, autant que ces étendues de sable les condamnent à payer le prix de cette guerre. La plage est lieu de mort mais aussi d’union comme le montre la partie de football. Elle est l’endroit de l’espoir, de la réconciliation, tel qu’on peut le voir lorsque Elizabeth est sauvée des mines, mais c’est aussi le lieu des prises de conscience, de la résignation comme l’illustre parfaitement le geste de Ernst.

Les oubliés n’est pas un simple hommage, c’est une œuvre puissante et emplie d’humanité, d’émotions. Martin Zandvliet rend hommage à ces jeunes hommes sacrifiés, qui ont payé le prix d’une guerre qu’eux aussi ont subi. J’espère que cet article vous a plu. Avez-vous vu le film ? Qu’en avez-vous pensé ? Dites-moi tout en commentaire !

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Be First to Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *