Extrait du film A fond. Source : www.allocine.fr

A fond, quand la comédie française tombe au fond du gouffre

Bonjour à tous ! On se retrouve pour un nouvel article, et cette semaine nous allons parler d’un film qui n’est pas encore sorti. J’ai eu la chance de le voir cette semaine lors de la première soirée des Passionnés, organisée par les cinémas Gaumont, dont le but est d’organiser une avant-première surprise. D’ailleurs, si vous m’avez suivie sur mon Snapchat (@Lapetitepolak), vous savez sans doute de quel film il s’agit. Si vous n’avez pas encore deviné de quoi je parle, le sujet de la semaine est le film A fond qui sortira en décembre.

Réalisé par Nicolas Benamou, ce dernier commence sa carrière au début des années 2000 en réalisant plusieurs sketches pour le Morning Live, émission diffusée sur M6 et animée par Michaël Youn. Après la réalisation de plusieurs clips et des captations de one man shows, Benamou passe au long métrage en 2011 : De l’huile sur le feu. Il réalisera par la suite les deux volets de Babysitting, l’inscrivant dans le domaine de la comédie. Avec A fond, le réalisateur reste dans sa sphère. L’intrigue du film est simple : c’est le jour du départ en vacances pour la famille Cox mais rien ne se passe comme prévu. Tom, le père de famille, a tout prévu pour que ces vacances soient parfaites mais alors que toute la tribu est en route sur l’autoroute du Sud, le pilote automatique de sa Médusa, voiture totalement high-tech, se bloque.

Photo de tournage du film A fond. Source : www.flickr.com
Photo de tournage du film A fond. Source : www.flickr.com

Dès l’ouverture du film, le spectateur se retrouve face à une esthétique particulière et déconcertante. Très travaillée, presque agressive par son côté lissé, une question se pose alors : ne faisons-nous pas face à une pub ? -et croyez moi c’est dérangeant- Serait-ce une envie de rappeler le Look des années 1980 qui mettait en avant une esthétique de l’image proche de la publicité ou du clip ? Si tel est le cas alors l’effort est raté, donnant plus l’impression d’être face à un mauvais spot publicitaire qu’autre chose. Instantanément, l’univers qui est dépeint apparaît comme faux, superficiel. Comment se projeter quand tout semble trop lisse et que l’image renvoie cette impression de regarder un catalogue Ikea ? Rajoutons à cela une forte impression -je ne pense pas que ce soit juste une impression d’ailleurs- de placement de produits constant. Que ce soit pour les smartphones ou le soda, cela aurait pu être fait de façon plus discrète et subtile -parce que pour le coup, on ne voit que ça- Exemple concret de cette idée : la voiture. Cette dernière est filmée dans les premières scènes du film comme une voiture serait filmée dans une publicité : en légère contre-plongée. Ce plan répété donnerait presque l’impression que A fond est financé par la marque automobile -mais vu la mauvaise presse qui lui est faite, ça m’étonnerait fortement- Ces impressions de placement de produits omniprésent sont rapidement écœurantes, le film passant plus pour un panneau publicitaire qu’autre chose. Autant dire que la projection était mal partie, très mal partie même et ce qui pourrait passer pour une mauvaise blague n’en était finalement pas une.

L‘idée de présenter une famille en apparence modèle n’était pas pour servir A fond, qui prend appui sur les stéréotypes pour construire ses personnages. Le spectateur se retrouve alors une énième fois face à une famille en apparence parfaite qui cache sous le tapis ses petits secrets. Ajoutez à cela un grand-père omniprésent, tellement angoissée par l’idée de vieillir qu’il en devient ridicule dans son effort pour rester jeune, et vous avez la famille Cox. Rien d’original ni de transcendant, A fond utilise des caractéristiques qui fonctionnent auprès du public -sauf que là, ça en devient désespérant- Ben, ce grand-père qui veut rester jeune à tout prix est un canular à lui tout seul, le coup du petit vieux qui mate sans gêne le postérieur d’une jeune femme, sérieusement, ça fait encore rire quelqu’un ? -André Dussolier, explique-moi pourquoi tu as accepté ce rôle, franchement- Et pour continuer dans la veine des clichés, n’oublions pas celui des gendarmes. Déjà énormément exploités au cinéma, Benamou en rajoute une couche en faisant de ces personnages des fonctionnaires incapables et fainéants. Usant de répliques loin de faire l’effet escompté, les gendarmes sont dans A fond complètements caricaturés, réduits à des êtres grotesques. Ces personnages si parodiés en sont d’autant plus exaspérants que le jeu d’acteur en est mauvais. Sans recherche, terriblement simplifié, encore une fois ressort cette terrible impression publicitaire sans la moindre fluidité -et c’est terriblement gênant sincèrement-

Photo extraite du film A fond réalisé par Nicolas Benamou
Photo extraite du film A fond réalisé par Nicolas Benamou

Ces personnages superficiels sont accompagnés d’un humour suffocant tant il est lourd. Tandis que la première partie regorge de gags tellement prévisibles qu’ils en perdent toute puissante, le reste du film s’affaisse mollement, le rythme tombant complètement -et au bout d’une bonne demi-heure la séance paraît durer une éternité- Bien qu’il s’agisse d’une comédie, A fond passe complètement à côté de son but : faire rire le spectateur. Comment amuser un public quand les gags s’enchaînent sans pause ? Quand ces derniers sont tellement prévisibles qu’ils en perdent tout intérêt ? Le côté frivole des personnages n’aide d’ailleurs pas à mettre en place l’humour tant recherché dans les comédies. En effet, ces derniers étant très peu développés d’un point de vue psychologique, il est difficile -et même impossible- pour le spectateur de s’identifier à ces derniers, de ressentir une certaine compassion ou même tout autre sentiment. Ils apparaissent comme étant de simples pions sur un écran, ne suscitant aucun intérêt chez le spectateur, autant dire qu’il y a de grosses failles dans le scénario. Pourtant le film a à l’origine un propos plutôt intéressant, malheureusement trop peu développé, et qui n’apparaît clairement qu’à la dernière scène -dommage…- Effectivement, avec A fond c’est une critique des nouvelles technologies prenant le pas sur l’Homme qui est faite. Peut-on vraiment faire confiance aux progrès techniques ? Le fond du film -en cherchant bien- est intéressant et aurait mérité d’être développé et abordé plus concrètement.

En conclusion, A fond fait partie des films les moins réussis de 2016 -c’est dommage pour le cinéma français- Entre une histoire travaillée de manière grossière et une esthétique sans la moindre recherche, essayant plus d’être efficace que belle et n’y parvenant pas. Le film n’est rien d’autre qu’un canular auquel on a presque du mal à croire et devant lequel on rit honteusement après avoir payé sa place de cinéma -à un moment il faut arrêter de prendre le spectateur pour un con quand même- Bien qu’il y ait des exceptions, A fond est représentatif de l’état de la comédie : descendons toujours plus bas dans le ridicule avec l’espoir d’amuser le public. J’espère que cet article vous a plu, bien que le film ne sorte qu’en décembre, n’hésitez pas à me dire en commentaire les premières impressions que la bande-annonce de A fond vous a laissées et si vous comptez ou non aller le voir. En attendant, on se retrouve la semaine prochaine pour un nouveau post !

11 Comments

  1. amandinedismoimedia

    J’entends déjà les commentaires « il en faut pour tous les goûts ». Mine de rien ça fait plaisir de voir un vrai et intelligent billet sur ces films qui n’en sont pas et qu’être exigeant ne signifie pas élitiste. Au-delà des éternelles questions « comment il a financé ce truc » et « comment il a pu convaincre Dussolier » se pose un véritable problème sur la comédie en France. Non une comédie n’est pas censée être simplement sympathique ou agréable ! La comédie est un art qui a besoin comme n’importe quel autre genre d’être bien écrit et d’avoir de vrais personnages, car je reste persuadée que si l’atmosphère et l’environnement sont importants tout peut découler des personnages.

    1. Léa Dabrowski

      Je suis complètement d’accord avec toi. Quand bien même il en faut pour tout les goûts, ça n’excuse pas qu’un film demande un minimum de qualité pour être vraiment réussi (et drôle dans le cas de la comédie).

  2. UnicaenMan

    Quand l’argent est la seule motivation, c’est pas étonnant de constater un résultat médiocre. (Tant qu’il y aura des pigeons pour aller voir ça pourquoi s’emmerder à faire de la qualité.)

  3. vampaiaa

    Hello la cinéaste !

    C’est dommage, avec le temps, quand on regarde les sorties françaises au cinéma sur une année, il y a plus de navet qu’autre chose … les documentaires français sont beaucoup plus intéressants que ce genre de film, dommage que les grosses enseignes de cinéma ou je devrais dire machine à fric ne propose que des blockbuster ou des films français lourds. Je généralise un peu, mais au kinépolis proche de chez moi c’est clairement ça. Je regrette le temps où j’habitais à Nancy et où j’allais au caméo voir des docu.

    A fond à l’air d’être cliché, superficiel, et trop travaillé que ça en fait mal aux yeux, tout ce que j’aime pas dans un film français.

    Mais sinon, j’ai adoré lire ta critique !

    Bisous

    1. Léa Dabrowski

      Salut toi !

      Eh oui c’est dommage que sur toutes les sorties qu’il y a à la semaine seulement quelques films monopolisent le marché. Je ne suis déjà pas très comédie à la base, je trouve que de plus en plus elles se ressemblent toute et que rien de nouveau est apporté et comme toi j’y préfère le documentaire. A Caen ont a la chance d’avoir deux cinémas art et essai (on est super bien lotis) et en plus, le Gaumont qui y est passe certes beaucoup de « gros » films mais aussi des oeuvres plus « d’auteur » donc il y a un certain équilibre. Après, je pense que pour cette soirée qui était nationale des contrats ont été signés avec les distributeurs etc. Donc pas vraiment de choix sur le film malheureusement.
      Mais oui le film est très cliché et l’esthétique est trop lisse dans le sens où elle en devient extrêmement ennuyante.
      Merci beaucoup pour ta critique, passe une bonne semaine 🙂

    1. Léa Dabrowski

      Alors je n’ai pas encore vu Brice 3 (je ne sais pas si j’en aurais le temps), je ne peux pas dire si mon avis sur les deux films sera le même, tout dépend des intentions de Brice 3 et de la façon dont je le perçois.

  4. Yako

    Hello!

    Super article, analyse très pertinente bravo!
    J’ai vraiment l’impression (je ne suis pas le seul c’est sur!) que la comédie française tourne vraiment mais vraiment en rond, mais un très mauvais rond malheureusement :/
    « A fond est représentatif de l’état de la comédie : descendons toujours plus bas dans le ridicule avec l’espoir d’amuser le public. » ta phrase résume très bien.
    Je découvre ton blog, j’aime beaucoup continues comme ça!

    À bientôt 🙂

    1. Léa Dabrowski

      Bonjour !

      En effet tu n’es pas la seule à avoir cette impression vis-à-vis de la comédie, c’est le genre de remarque que j’entends très souvent et que je rejoint. C’est dommage car ça stigmatise la comédie en genre qui n’a pas besoin de travail scénaristique et esthétique. Alors que c’est totalement faux.
      Je suis ravie que le blog et son contenue te plaise, merci beaucoup pour le commentaire.

      A très vite 🙂

  5. Med

    Moi je le trouve excellent le film. Moi meme étais proprio d’une voiture chinoise a deux sous. J en ai vecu l experience. Donc le film je l ai senti et j en etais ravi d en avoir troqué la chinoise contre une française.

    1. Léa Dabrowski

      Wow, si ça t’ai vraiment arrivé c’est flippant ! Le message de fond du film est intéressant (mais trop peu exploité malheureusement). Après c’est l’humour gras (absolument pas fin) qui ne m’as pas convaincu.

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