Code Hays : pourquoi les vieux films hollywoodiens nous semblent si niais ?

Bonjour à tous ! Je vous retrouve aujourd’hui comme chaque dimanche pour un nouvel article. Aujourd’hui, c’est une réflexion que je me faisais alors que je n’avais pas encore entamé mes études de cinéma qui m’a inspiré le sujet de ce post. Plus jeune, je me souviens que mon père me faisait voir de vieux films hollywoodiens -et moi adolescente un peu rebelle que j’étais je me faisais souvent cette réflexion :  »Ces films sont atrocement niais »- Évidemment, en étudiant l’histoire du cinéma j’ai appris le pourquoi du comment de cette impression et je voulais vous faire partager cette petite explication en vous en apprenant un peu plus sur le très célèbre Code Hays.

Mais qu’est-ce que le Code Hays ? Il s’agit d’un recueil de règles à suivre pour les producteurs américains, c’était à l’époque l’aboutissement de la mise en place de la censure. Rédigé en 1927 par William Hays, il ne sera officiellement instauré qu’à partir de 1930 et sera abandonné en 1968. A travers cet article je ne vais pas seulement me concentrer sur les termes du Code et leur application mais aussi évoquer -de manière globale hein sinon autant écrire une encyclopédie- ce qui a poussé la communauté cinématographique à accepter cette forme de censure. Commençons donc par le commencement. A la naissance du cinéma aux États-Unis, la censure n’était pas centrale mais locale. Un film pouvait donc être autorisé dans un État tandis que dans un second il était interdit. Cette pression venait majoritairement de l’Église Catholique qui est à l’origine du Code. Ces associations religieuses sont à l’origine de nombreux boycotts -les mécontents allaient jusqu’à jeter des œufs pourris sur les façades des cinémas- La pression fut d’autant plus forte lorsque en 1921 William Hays fit diffuser dans la presse les premières recommandations de censure. Elles n’avaient aucune valeur obligatoire mais cela poussa l’industrie cinématographique à créer son propre organisme de contrôle. Ainsi en 1922 était créée la MPPDA (Motion Picture Producers and Distributors of America) dirigée par ce fameux William Hays. Des représentants du bureau de censure étaient donc envoyés sur les tournages afin de conseiller au mieux les réalisateurs.

Marie Dressler, Anne Shirley et Geroge W. Hill sur le tournage de The Callahans and the Murphy (source : Pinterest)
Marie Dressler, Anne Shirley et Geroge W. Hill sur le tournage de The Callahans and the Murphy (source : Pinterest)

Malgré sa mise en place, cette censure était superficielle et le monde du cinéma passait outre -parce que l’art, c’est un truc de rebelle voyez-vous?- Qui plus est déroger à la censure attirait du public, il n’y avait rien de plus excitant pour les spectateurs que d’aller voir un film descendu par la critique. Or un film fut décisif à la création du Code Hays : The Callahans and the Murphys. Une comédie-dramatique se moquant du peuple irlandais. Réalisé par George W. Hill en 1927, ce film a été la première grosse production sur le sujet qui était alors exploité comme une mine d’or -à chaque époque ses boucs émissaires- Évidemment, il déchaîna la colère des regroupements religieux qui exigèrent des coupes sur la pellicule entre autre pour dissocier tout signe ecclésiastique de l’œuvre. Plus la MGM (la société de production du film) accepta, plus ces associations demandèrent des efforts de la part des professionnels du cinéma -tends-moi ta main je te bouffe le bras- C’est donc dans ces conditions que le Code Hays fut créé. Supervisé par William Hays et écrit par des activistes catholiques ainsi que des producteurs tels que Irving Thalberg, ce code avait pour but de conserver à l’écran l’application des bonnes mœurs. Durant ces premières années il fut peu appliqué ; suite au crash économique du pays, les thèmes mis en avant au sein des films étaient des sujets sociaux, on montrait donc la misère, la justice rendue soi-même sans être impunie, ou encore la débauche. On peut réellement parler d’application du Code Hays à partir de 1934 et de l’arrivée de Joseph Breen aux commandes de la censure -c’est là que tout se complique pour le monde du cinéma- A cette même période se développe aux États-Unis un mouvement antisémite. Or à cette période, suite à la montée du nazisme, beaucoup de producteurs, scénaristes et réalisateurs juifs se sont réfugiés à Hollywood. Ils sont alors accusés par leurs détracteurs de mettre à mal les valeurs chrétiennes et suite à un boycott général des films de la part des organisations religieuses, Hollywood se plie aux exigences de Breen.

Photo extraite du film QUAND LA VILLE DORT réalisé par John Huston

Plus en détails, le Code Hays est composé de 13 articles traitant de la question du crime, de la sexualité, et jusqu’au choix des costumes -il est donc vaste, et imposer de telles règles au cinéma c’est compliqué- Soumis à ces conditions, les réalisateurs vont alors trouver le moyen de se soustraire au Code. Ils vont travailler sur le sous-entendu, le double sens ; les images et les dialogues sont donc interprétables de différentes manières. Prenons l’exemple du film de John Huston Quand la ville dort réalisé en 1950 et plus particulièrement de la passion de Doc pour les jeunes femmes. Ce désir n’est jamais clairement exprimé mais le spectateur le comprend de manière implicite : tout d’abord lorsqu’il feuillette le calendrier de femmes dévêtues puis durant l’une des dernières scènes du film où le sous-entendu est plus flagrant. En effet, il donne à la jeune femme présente dans le dîner des jetons pour qu’elle fasse marcher le juke-box et danse pour lui. Autant dire que l’on associe très vite cette image à celle de la prostitution -l’idée est renforcée par leur langage corporel- En dépit des conditions imposées, les réalisateurs hollywoodiens de l’époque ont réussi à contourner en quelque sorte le Code Hays et à traiter de sujets alors tabou grâce au langage du sous-entendu. Ce qui en réalité était important vis-à-vis de la censure était de ne pas traiter de manière frontale ces thèmes, il y avait donc une marge de manœuvre bien qu’elle était réduite. Il fallut attendre 1968 pour que le Code s’essouffle et soit aboli, ne répondant plus à l’attente du public qui ne veut plus se voir imposer un contenu.

J‘espère que cet article vous aura plu et que ce nouveau format vous convient. N’hésitez pas à me donner votre avis par commentaire, à me dire si vous préférez des articles plus documentés comme celui-ci ou des sujets plus concis comme j’ai fais jusque-là. En attendant, je vous dis à la semaine prochaine pour un nouveau post !

 

5 Comments

  1. Vanille

    Eh oui le code hays a eu une influence capitale (et parfois regrettable) sur les scénarios des films de l’âge d’or hollywoodien ! Il est du coup intéressant de regarder les films qui précèdent son installation (comme Sérénade à trois de Lubitsch ou Gold Diggers de 1933 de Berkeley), dont le ton, plus libre, voire carrément cru, peut surprendre. Et en effet nombreux réalisateurs ont su ensuite s’affranchir de ce code moralisateur, avec une virtuosité subtile qui fait presque regretter à certains cette époque lointaine, où les règles étaient parfois aussi synonymes de créativité X)

  2. Vampaiaa

    Ahalala que dire du code hays … j’en ai bouffé pendant 3 ans, j’en ai rédigé des devoirs, des exams dessus, et pourtant c’est un sujet qui m’a toujours paru fascinant, et c’est une des choses dont je me rappelle le plus !

    Dommage que tu ne présentes pas d’autre exemple ! Un de mes profs (un peu barré, sentant la bière à 11h du mat mais surtout super intelligent et calé un max sur le cinéma de l’époque) s’amusaient à nous faire deviner les messages subliminaux dans les films qui sont sortis en pleine période du Code Hays ! Je n’ai plus le nom du film en tête, mais à la fin, on était sur un bâteau, dans une cabine un couple et en fond on voit à travers le hublot la statute de la liberté, et bien cette image représentée l’acte sexuelle !

    Il y a aussi le fait que le Tarzan de 1934 n’ait pas de poil parce que c’est signe de virilité et donc de sexualité ( http://c8.alamy.com/comp/BPBMY8/johnny-weissmuller-tarzan-and-his-mate-1934-BPBMY8.jpg )

    Enfin bref, je pense qu’on pourrait presque consacrer plusieurs articles à cette partie de l’histoire du cinéma tellement qu’il y en a à dire XD

    1. Léa Dabrowski

      C’est vrai que le sujet et vaste et c’est pour ça que je me suis limitée en exemples (sinon j’aurais pu écrire un roman ahah) mais tu viens de me donner l’idée de faire une « suite » à cet article avec par exemple une petite sélections de passages marqués par le Code Hays 🙂

  3. Necrolaya

    Merci pour cet article très complet. Je réfléchis moi-même à faire une petite vidéo rapide pour présenter les grandes lignes du Code Hays et son impact. Ton article éclaircit pas mal de points sur le pourquoi du comment 🙂

    1. Léa Dabrowski

      Si tu cherches quelques compléments, il y a pas mal de livres universitaires qui ont été écrit à ce sujet. Notamment sur l’histoire du cinéma américain 🙂

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