David Cronenberg : sa fascination pour le retour de l’Homme vers une animalité primitive

Bonjour à tous ! Je vous retrouve aujourd’hui pour un second article centré sur le travail d’un réalisateur. Après vous avoir parlé de Xavier Dolan, j’ai décidé aujourd’hui de vous parler d’un grand cinéaste à la carrière remarquable : David Cronenberg. Alors pourquoi lui ? -oui car il y a tellement de cinéastes, il faut bien qu’il ait une petite particularité qui me tape dans l’œil- Et bien tout simplement parce que sa fascination pour l’être humain en général me semblait intéressante à aborder avec vous.

David Cronenberg portrait
Source : The Guardian

Pour bien commencer, il me semble utile de faire un petit point biographique sur qui est David Cronenberg. Réalisateur canadien, il débute sa carrière en 1966 avec un court métrage nommé Transfer. Il se lancera quelques années plus tard, en 1969 dans la cour des longs-métrages avec Stereo à noter qu’au début de sa carrière, ses films étaient produits par des sociétés de films pornographiques -original comme démarrage- Centré sur des films de type horreur, fantastique et science-fiction, il touchera aussi au monde des séries télévisées mais de manière ponctuelle. Cronenberg aborde donc tous les aspects de l’art cinématographique et on le retrouve en quelque sorte sur tous les fronts. Mais abordons le cœur de cette article : le thème le plus récurrent au sein de ses films -alors évidemment je ne les ai pas tous vus, mais c’est un constat commun à quelques-unes de ses œuvres que j’ai visionnées- Je vais me baser sur trois de ses films réalisés entre 1986 et 2012 (La mouche, A history of violence et Cosmopolis)

David Cronenberg travaille énormément la psychologie de ses personnages en nous proposant de manière répétée des protagonistes que l’on peut qualifier de fragiles. Ce ne sont pas des héros au sens propre avec une grande force de caractère -en fait ce sont plutôt des gens comme vous et moi, avec leurs faiblesses- ce qui dans un sens rend le travail d’identification intéressant. Mais ce travail sur ses personnages est un moyen de nous transmettre son thème de prédilection : la contamination. On peut ainsi se demander si de cette manière le réalisateur ne cherche pas à nous montrer l’humanité telle qu’il la voit. Par exemple, dans La mouche, la transformation du personnage de Seth Brundle en être hybride -oui car il fusionne quand même avec une mouche- montre la fascination de l’artiste pour la réaction d’un corps humain face à un changement de métabolisme. Cette évolution, je l’ai perçue comme étant sa vision de la société qui lui fait face. La mutation de Seth commence en quelque sorte à partir du moment où il entre en contact avec le monde où tout se propage très vite, qui provoque la chute de l’individu qui rejoint le groupe social. C’est donc sa rencontre avec Veronica, une journaliste qui est à l’origine du bouleversement puisqu’il se retrouve alors exposé au monde extérieur, un monde malade, où on ne recherche pas un bonheur personnel mais une aliénation sociale et autant dire que le choc est violent. Ces personnages deviennent pour David Cronenberg des sortes de cobayes qu’il expose au monde pour voir l’impact de la collectivité sur ces derniers.

COSMOPOLIS. Source : Pinterest
COSMOPOLIS. Source : Pinterest

En ce qui concerne les deux autres films qui ont retenu mon attention, ce n’est pas tant la psychologie des personnages principaux qui ressort de manière flagrante selon moi mais plutôt toute l’importance accordée à cette question de contamination. Et quoi de mieux que les média pour traiter de ce sujet ? Ainsi dans A history of violence, cette scène marquante où Tom Stall regarde aux  informations les reportages sur son acte héroïque fait comprendre en un plan simple et efficace qu’il a tout simplement été contaminé. C’est pour lui le retour à une violence animale, à un comportement primitif qu’il avait abandonné des années durant -comme quoi, on ne peut cacher notre vrai visage- Cette contagion est la structure du film et Cronenberg s’évertue à la mettre en avant. Il nous présente tout d’abord un univers parfaitement réglé, où le calme règne. Une bourgade américaine des plus banales, une famille typiquement modèle en somme un ordre parfaitement établi qui est bouleversé à partir du moment où la violence incarnée par deux tueurs pénètre dans cette petite société. Cette idée est reprise dans Cosmopolis, l’adaptation d’un roman de Don DeLillo. Film construit presque exclusivement en huis clos, le personnage de Eric Packer qui ne sort qu’à de rares occasions de son véhicule observe la contamination qui se produit à l’extérieur, d’abord avec la chute économique, l’invasion des rats mais enfin par la mort d’une star du rap et ami de Eric. Malgré l’obsession du personnage à propos de la surveillance de sa santé et ses nombreuses précautions pour éviter tout contact avec un extérieur qui lui est inconnu -oui car il traverse quand même toute la ville pour aller chez son coiffeur attitré alors qu’il pourrait se faire couper les cheveux à son bureau- Eric finit par être contaminé et succombe lui aussi à un comportement primitif, plongeant dans la violence.

Pour David Cronenberg, l’agressivité est le résultat d’une infection, de l’intrusion d’un virus extérieur à un système instauré. Ce serait donc la masse qui serait à l’origine de la brutalité, du retour de l’homme vers un comportement élémentaire. J’espère que cet article vous aura plu et surtout vous a permis d’en apprendre un peu plus sur ce réalisateur -que vous le connaissiez déjà ou non- N’hésitez pas à laisser votre avis en commentaire et je vous retrouve la semaine prochaine.

2 Comments

  1. Mayelle

    J’adore tellement Cronemberg. En vrai, Cosmopolis m’a tellement marqué ! L’idée de la fin d’une chose, de la rennaissance à travers la violence qui sert à la fois à construire et à reconstruire, l’idée également de la mutation à travers l’idée fixée de changer de coupe de cheveux et celle de la fin du capitalisme.

    Un film qui illustre également ton propos est Map to the Stars, qui comment une élite enfermée dans une bulle à l’écart du reste du monde arrive à devenir immorale et retourner vers un état bien plus bestial.

    1. Léa Dabrowski

      Je n’ai pas vu Map to the Stars mais ça ne m’étonne pas qu’il reprenne cette idée. Si Cosmopolis t’a autant marqué, je te conseil de lire le livre (si ce n’est pas déjà fait) car je trouve que Cronenberg restitue exactement ce que DeLillo a voulu écrire.

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