Le fils de Saul : et si on abordait la solution finale sous un nouvel angle ?

Bonjour à tous ! Aujourd’hui je vous retrouve pour parler d’un film qui a fait peu de bruit auprès du grand public à sa sortie mais dont j’avais envie de vous parler pour son message et surtout son travail de l’esthétique. Il s’agit du premier long métrage du réalisateur hongrois László Nemes : Le fils de Saul qui a été récompensé par le Grand Prix au Festival de Cannes 2015 et est nominé pour les Oscars 2016 dans la catégorie « Meilleur film en langue étrangère ». Autant dire que la suite de sa carrière est prometteuse !

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Photo extraite du film LE FILS DE SAUL. Source : Pinterest

Alors de quoi parle-t-il ? Il s’agit d’un film sur le thème de la solution finale, mais ça n’en est pas l’intrigue contrairement à ce que l’on pourrait penser. En octobre 1944, Saul Ausländer, prisonnier juif hongrois à Auschwitz fait parti du sonderkommando. Il s’agissait d’un groupe de déportés séparés du reste du camp qui participait à l’application de la solution finale. Alors qu’il nettoie une chambre à gaz, Saul croit reconnaître son fils à travers un jeune garçon, son but alors est de lui éviter le four crématoire pour lui offrir une sépulture correcte.

Le film s’ouvre sur un long plan séquence de plusieurs minutes et tout de suite le spectateur est mis dans l’ambiance : il n’y a qu’un point de vue, celui de Saul. Au premier abord cela peut être déstabilisant voire dérangeant, aucun repère n’est donné, on est clairement trimbalé et sans la moindre information. Mais ce parti pris artistique permet de nous faire comprendre instantanément le contexte : Saul agit de manière mécanique, c’est une machine qui n’est plus touchée par l’horreur qui lui est quotidienne, il en est devenu insensible. Grossièrement on peut le comparer à un mort vivant, il n’a plus la force de se battre, il ne prendra d’ailleurs pas place dans la rébellion du sonderkommando et c’est ce qui nous laisse perplexe si l’on s’arrête au premier abord. Car oui, il faut prendre la peine de creuser un peu pour comprendre le fond de l’oeuvre et c’est peut-être pour ça qu’elle n’a pas fait beaucoup de bruit. Le fils de Saul c’est aussi un travail important sur le son, il permet de rendre compte de l’horreur qui se déroule et que le spectateur ne voit pas, il offre une perspective à l’image qui elle est restreinte de par son format d’où la vocifération d’ordres tout au long du film et le mélange des langues.

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Photo extraite du film LE FILS DE SAUL. Source : Pinterest

Tout l’intérêt du film ne réside pas dans son côté historique mais plutôt dans l’idée qu’il véhicule. En effet, Nemes y développe une métaphore autour de la question de l’humanité, du devenir de l’Homme -ça peut paraître dur à croire mais attendez, je vais vous expliquer- Il en est présenté 3 différentes, à l’image de l’Histoire. Pour la première elle est incarnée dans le personnage du médecin juif servant au profit des nazis, c’est une humanité du passé, corrompue ; la seconde symbolisée par Saul est celle du présent, elle n’est pas corrompue mais n’a pas non plus la force de se battre d’où son indifférence face au plan d’évasion de ses camarades. La dernière humanité représentée à travers le fils présumé de Saul et l’enfant qui apparaît dans les dernières minutes du film est celle du futur, celle qui peut se battre mais qui gardera aussi des séquelles de ces événements. L’oeuvre de Nemes n’est donc pas un film sur l’histoire d’un homme qui espère vivre mais d’un homme qui garde l’espoir en une meilleure humanité future. Saul c’est l’exemple parfait de l’Homme qui ne croit plus en son avenir, le réalisateur nous propose une autre vision de la souffrance sans chercher à édulcorer les événements avec une happy-end.

Le fils de Saul est poignant, saisissant  d’émotion. Malgré une intrigue qui peut paraître faible, il garde le spectateur en haleine jusqu’au dernier instant. Il n’est pas nécessaire de vous dire que j’ai adoré le film -je crois que vous l’aviez compris- j’espère que cet article vous poussera à le voir -si ce n’est pas déjà fait- N’hésitez pas  à partager votre interprétation du film en laissant un petit commentaire, ça fait toujours plaisir d’avoir des avis différents.

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