Histoire de l’expressionnisme allemand

Bonjour à tous ! On se retrouve aujourd’hui pour un nouvel article, et cette semaine nous allons parler d’histoire culturelle, plus précisément d’un genre cinématographique. J’avais vaguement évoqué le thème du jour dans l’article sur Johnny Depp (juste ici), et étant un peu en panne d’idées, je me suis dit « pourquoi ne pas d’aborder le sujet de l’expressionnisme allemand ? ». En fait, à l’origine je pensais faire un article sur le cinéma burlesque mais la motivation pour le préparer ne venait pas et je ne voulais pas me forcer, alors je me suis tournée vers un genre que je connais un peu plus.

Qu’est-ce que l’expressionnisme allemand ? On en parle le plus souvent dans le cadre du cinéma, mais c’est avant tout un courant artistique qui est apparu dans la peinture, dont le terme a été défini en 1908 par le théoricien Worringer. On peut comparer ce mouvement au travail de Van Gogh puisqu’il poursuit les mêmes idées. L’expressionnisme émerge au début du XXème siècle alors que l’Allemagne traverse une période de crise. Effectivement, le climat social est plus que tendu à l’approche de la Première Guerre mondiale et les artistes, en particulier les peintres, vont représenter leur état d’esprit. En effet, les expressionnistes refusent les représentations naturalistes, l’art est selon eux une manière d’extérioriser de façon brutale la vie intérieure. En résumé, le but est d’exprimer des pulsions contradictoires et violentes.

Expressionnisme allemand
Photo extraite du film Le cabinet du docteur Caligari réalisé par Robert Wiene. 

Au cinéma, l’expressionnisme apparaît bien plus tard, seulement dans les années 1920. Le septième art était dominé par les Français avant la Première Guerre mondiale mais, suite au conflit, c’est Hollywood qui impose ses codes et en récupère le monopole. A l’époque en Allemagne, seulement 15% des films diffusés dans les salles étaient allemands -autant dire que c’est très peu- Mais cette arrivée de l’expressionnisme au cinéma concorde aussi avec l’émergence d’une nouvelle science : la psychanalyse. Elle est très présente au sein des films expressionnistes qui abordent des thèmes comme celui du double, de la perte ou encore de l’innocence. Le film qui donne le coup d’envoi du mouvement est Le cabinet du docteur Caligari réalisé par Robert Wiene en 1922. Que ce soit par son intrigue (avec ses histoires de meurtre) ou dans sa forme, l’œuvre impose les codes du film expressionnisme.

D’un point de vue de l’image, les films de cette période ont en commun des effets bien particuliers et qui permettent très facilement d’identifier ces derniers. Ainsi le travail sur la lumière a une importance primordiale. Les tournages se déroulant en studio, les réalisateurs avaient la possibilité de jouer avec cette dernière et donc avec les ombres. Elles sont une métaphore de la nature profonde du personnage. Si l’on prend l’exemple du vampire dans Nosferatu réalisé par F. M. Murnau, on retrouve des ombres très anguleuses avec une forte accentuation de l’ombre des doigts ce qui les rend démesurés, leur donne un aspect de griffes. De cette façon, c’est le côté monstrueux et inhumain du personnage qui ressort. En ce qui concerne les décors, comme expliqué un peu plus haut, il s’agit d’un cinéma de studio ce qui permet une liberté totale sur la création du décor. Comme pour les ombres, on retrouve ce côté très anguleux avec des décors irréalistes dans leur forme -vu l’architecture des maisons je serais pas rassurée de vivre dedans- Ces derniers sont aussi révélateurs de la psychologie des protagonistes et représentent tout simplement leur esprit. Il ne faut pas oublier d’ajouter à cela le jeu d’acteur très travaillé et exagéré, en particulier sur les expressions faciales mais aussi sur certains mouvements. Dans Les mains d’Orlac par exemple, film réalisé en 1924 par Robert Wiene -encore lui vous me direz- l’accent est mis sur le jeu des mains du personnage puisqu’il s’agit du sujet du film. Mais on peut aussi prendre l’exemple de L’homme qui rit de Paul Leni où l’acteur Conrad Veidt n’hésite pas à accentuer son sourire pour le rendre complètement irréaliste.

expressionnisme allemand
Photo extraite du film M le maudit  réalisé par Fritz Lang. 

Comme pour tout mouvement artistique, les codes mis en place au début des années 1920 vont peu à peu évoluer au fil de la décennie. Les décors vont s’adoucir pour devenir plus réalistes comme dans Le testament du docteur Mabuse, film de Fritz Lang réalisé 1933 où les quelques effets déréalisant du décor sont faits à partir du travail sur la lumière. Le jeu d’acteur devient aussi plus subtil -serait-ce dû à l’arrivée du parlant ?- les expressions faciales ne sont plus aussi appuyées qu’au lancement du mouvement. De ces changements au niveau de l’image en ressort une idée d’accentuation sur le travail de la psychologie. Les antagonistes paraissent plus sombres et noirs. On peut prendre pour cela l’exemple du personnage de M dans M le maudit, film réalisé par Fritz Lang. Il n’est qu’une ombre qui pèse sur la ville et le fait de ne pas le voir physiquement renforce son côté diabolique. Evidemment, le travail sur la lumière reste très recherché et on peut qualifier ces films de réels chefs d’œuvre -ce qui fait baver Hollywood de jalousie-

Beaucoup de ces réalisateurs poursuivront d’ailleurs leur carrière aux Etats-Unis, soit par choix ou encore par obligation politique. En effet, à l’arrivée du nazisme au pouvoir, les films de l’expressionnisme allemand furent soumis à une censure sévère. Néanmoins quelques réalisateurs furent approchés par ce nouveau gouvernement -notamment Fritz Lang à qui Goebbels aurait proposé de travailler pour la propagande du parti-  La dictature allemande utilisa certains films du mouvement pour servir leur cause. Ainsi, le personnage de M était selon eux la parfaite représentation du juif menaçant et tueur d’enfants aryens. Mais on ne peut parler d’expressionnisme allemand sans évoquer la théorie développée par Siegfried Kracauer dans De Caligari à Hitler : une histoire psychologique du cinéma allemand. Dans ce livre publié en 1947, le sociologue montre au sein de ces films l’évolution psychologique qui a fait basculer la société dans le nazisme -pas facile à expliquer clairement- Métropolis par exemple montre selon lui l’oppression du peuple juif.

Vous l’aurez donc compris, l’expressionnisme allemand est sujet à théories et est le sujet de nombreuses études de la part de chercheurs -c’est une réelle mine d’or !- J’espère que cet article a été assez complet, vous a plu et permis d’en apprendre plus sur cette période cinématographique. N’hésitez pas à me donner votre avis en commentaire sur ces théories autour de l’expressionnisme allemand. Pour notre part, on se retrouve la semaine prochaine pour un nouveau post !

5 Comments

  1. Sweet Judas

    C’est toujours très intéressant de te lire… Je n’y connais rien en matière d’expressionnisme allemand, mais jolie entrée en matière pour une noob’ totale comme moi!

  2. Mango

    Ton article est excellent ! J’ai beaucoup aimé M Le Maudit et Nosferatu qui m’impressionne plus que Dracula. On ne parle pas assez de ce mouvement cinématographique qui comporte des petites merveilles ayant inspiré tant de cinéastes par la suite.

    1. Léa Dabrowski

      Merci beaucoup ! Eh oui ce sont des films vraiment beaux et impressionnants qui ont beaucoup impactés le cinéma actuel.

  3. Girlie Cinéphilie

    Je trouve que le cinéma allemand sous la République de Weimar est tout simplement passionnant. C’est une période tellement foisonnante et inventive! C’est dingue de voir combien l’expressionnisme, comme la nouvelle objectivité ou l’expérimental de cette époque ont, en quelques films, réinventé une manière de filmer. Personnellement, même si j’aime beaucoup Caligari, Nosferatu, ou les Mabuse, j’ai une passion pour Metropolis, qui à chaque nouvelle vision, me terrasse par sa beauté, sa créativité, sa grandeur véritable.
    Merci pour ce chouette rappel.

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