Hollywood et ses actrices : une histoire d’amour face caméra

Bonjour à tous ! Je vous retrouve après cette petite pause studieuse -de un mois, mea culpa- et cette semaine au programme un sujet large et passionnant, puisque l’on va parler des femmes. Les femmes au cinéma, une grande histoire d’amour entre actrice et caméra pour le plaisir de nos yeux de spectateur. Etant donné que le sujet est très vaste -et qu’on pourrait y passer des heures- il y aura plusieurs articles sur ce thème afin de l’aborder dans son ensemble. Vous pourrez les retrouver dans une catégorie : Les femmes au cinéma. Pour ce premier article sur le sujet, il me semblait évident de partir d’une théorie qui a révolutionné la vision de la femme au cinéma. Elle a par la même occasion lancé le débat sur la place de cette dernière au sein des films, et sur notre manière de la percevoir. Il s’agit de la théorie de Laura Mulvey qui aborde la question de la femme dans le cinéma hollywoodien.

Pour remettre tout ça dans son contexte, cette théorie émerge au cours des années 1970 dans le milieu universitaire suite à la seconde vague de féminisme. Plusieurs théories voient le jour à cette période, et toutes s’inscrivent dans le cadre des gender studies (l’étude des genres si vous préférez). Elles portent un intérêt à la manière dont les sociétés pensent, construisent et hiérarchisent la différence sexuelle. Le but de ces dernières était de lutter contre toute forme de domination masculine et Laura Mulvey n’a pas été la seule personne à se pencher sur le sujet, mais il s’agit de la théorie la plus notable.

Laura Mulvey. Source : www.underwirefestival.com
Laura Mulvey. Source : www.underwirefestival.com

Mulvey, universitaire anglaise, publie en 1975 dans la revue Screen un texte qui fait encore date aujourd’hui : ‘‘Le plaisir visuel et cinéma narratif’’. Dans ce texte, elle cherche à analyser le regard que les hommes portent sur les femmes à travers les films, et met en avant les mécanismes inconscients de la différence sexuelle. Pour Mulvey, cette domination masculine se retrouve autant sur le fond que la forme du film -pour faire simple, les actrices ne sont pas aidées quoi- La théoricienne prend appui, pour développer sa pensée, sur la psychanalyse. En effet, elle distingue chez le spectateur deux manières de regarder les femmes à l’écran ; deux sources de plaisir visuel. La première, le plaisir scopophilique, est une pulsion sexuelle décrite par Freud ; dans ce cas le spectateur prend plaisir à regarder. Mulvey remarque d’ailleurs qu’il y a dans les films toujours une scène où la femme va être érotisée. On peut prendre pour exemple cette très célèbre scène dans Shanghaï express où la caméra se concentre sur les jambes de Marlene Dietrich entrant dans le wagon -qui sont sublimes au passage- Tout est fait de manière à ce que la sensualité de l’actrice transperce l’écran, c’est le symbole de la star qui est mis en avant. Il y a d’ailleurs dans le film une multitude de gros plans sur le visage de Dietrich. Elle représente la femme fatale et entre tout à fait dans le cadre du star système hollywoodien (qui visait à mettre en avant la star plus que le personnage interprété).

L’autre source de plaisir visuel évoquée par Mulvey est tirée de la théorie du miroir de Lacan. Il s’agit du plaisir narcissique, selon lequel le spectateur s’identifie au personnage masculin à travers lequel il va désirer la femme. Cette forme de désir contraint le spectateur à s’identifier au personnage masculin ce qui laisse le personnage féminin au second plan. Cette identification s’effectue sur la forme esthétique puisque selon le sexe de l’acteur il ne sera pas filmé de la même manière. Ainsi, un personnage masculin sera plus souvent filmé en plan large et en mouvement ; au contraire, les personnages féminins, du fait qu’ils sont associés au désir, seront filmés en plan rapproché et immobiles. Si l’on fait donc abstraction du scénario -qui appuie la théorie de Mulvey- les femmes sont déjà fortement érotisées dans la manière de les filmer. Le spectateur n’a d’ailleurs d’autre choix que de s’identifier à un personnage masculin puisque c’est ce dernier qui est le moteur de l’intrigue et qui permet de faire avancer l’action. Il y a, durant cette période, la création d’un contre-cinéma en opposition au classicisme hollywoodien qui cherche à redonner une place importante à la femme. Bien évidemment, Mulvey a co-réalisé avec son mari, Peter Wollen, plusieurs films dans lesquels elle met en application ses idées, comme Enigmes du sphinx par exemple -à quoi bon faire les choses à moitié ?- Mais les films hollywoodiens précédant les années 1970 n’utilisent pas tous les femmes comme faire-valoir et pour illustrer mon propos, j’ai trouvé intéressant de comparer deux films totalement opposés dans leur manière de mettre la femme en scène.

Scène extraite du film SEPT ANS DE REFLEXION réalisé par ... en 1955. Source : www.linternaute.com
Scène extraite du film Sept ans de réflexion (1955) réalisé par Billy Wilder 

Tout d’abord j’ai choisi de vous parler de Sept ans de réflexion, film réalisé en 1955 par Billy Wilder et dans lequel Marylin Monroe tient le rôle clef de la voisine. On connaît tous le sex-symbol que la star incarne -il serait d’ailleurs difficile de passer à côté- et il est clair que dans le film l’actrice est fortement érotisée. Il y a un côté très humoristique dans cette œuvre, clairement il faut prendre la chose au second degré -les gags sont tellement gros que ça saute au yeux- Néanmoins, la mise en scène renvoie une image de la femme hyper-sexualisée et ce, suite à plusieurs procédés. Prenons l’affiche du film par exemple, l’une des plus célèbres du cinéma hollywoodien. Ce qui est clairement mis en avant par l’image ce sont les atouts physiques de Monroe, et non d’autres particularités, telle que l’intelligence par exemple. Elle attire le regard de par sa posture et sa robe blanche ; ses jambes, attribut féminin souvent utilisé au cinéma pour évoquer la sensualité et le désir, sont clairement mises en avant. On retrouve cette idée tout le film durant avec un personnage simple, qui nous paraît un peu bête -on peut même dire qu’elle fait cruche- Monroe incarne le personnage source de désir, toujours vêtue de tenues plus sexy les unes que les autres. De plus, c’est un protagoniste qu’on ne voit jamais se déplacer hors de l’immeuble ; le film suit le personnage de Richard Sherman incarné par Tom Ewell, c’est lui qui décide du mouvement, c’est un protagoniste plutôt nerveux qui s’agite dans l’espace, à l’opposé de sa partenaire de jeu, qui elle reste majoritairement immobile. Mais l’utilisation de la femme comme source de désir ne se fait pas seulement avec le personnage de Marylin, on retrouve l’envie à travers les fantasmes de Richard. Il utilise donc sa secrétaire ou encore son infirmière pour satisfaire ses fantasmes -qui sont aussi les fantasmes de millions d’autres personnes- Dans le film, les femmes sont restreintes à deux rôles : soit être utile au désir masculin comme nous l’avons vu précédemment ; soit répondre à l’image de la femme américaine que souhaite renvoyer la société. Pour ce second point, on utilise Helen, la femme de Richard. Apparemment mère au foyer, cette dernière part pour l’été en vacances ; elle se retrouve donc loin des préoccupations sérieuses de la vie et on ne la voit pour ainsi dire presque pas à l’écran. De plus son obsession autour de la santé de son mari montre une femme soucieuse de sa famille. Miss Morris, la secrétaire, incarne elle l’idée de femme moderne, travailleuse et sans doute indépendante, mais elle est néanmoins mise au profit des désirs de Richard. Dans ce film donc, les femmes sont assignées à des rôles, il y a presque une caricature de leurs traits caractéristiques, en particulier pour le personnage qu’interprète Marylin Monroe.

Marion lorsqu'elle vole l'argent confié par son patron. Source : http://the.hitchcock.zone/wiki/Hitchcock%20Gallery:%20image%204004
Marion lorsqu’elle vole l’argent confié par son patron. Psychose (1960) réalisé par Alfred Hitchcock

En opposition à ce film, Psychose, réalisé par Alfred Hitchcock en 1960, montre une tout autre image du sexe féminin. La femme tient une place primordiale dans l’œuvre. Tout d’abord avec le personnage de Marion, interprété par Janet Leigh. C’est un protagoniste en mouvement, clairement indépendante puisqu’elle travaille et vit seule. Elle permet de faire avancer l’intrigue et une réelle personnalité est développée pour ce personnage. Ses actions ont un but et un sens, contrairement au personnage de Marylin Monroe dans Sept ans de réflexion. Evidemment, le film crée une sorte de désir chez le spectateur vis-à-vis de Marion, que ce soit dans la scène d’ouverture où elle nous est montrée en sous-vêtement ou bien dans cette fameuse scène où Norman la regarde à travers un trou dans le mur. Si on reprend le très célèbre passage de la douche, nous la percevons à travers le regard de Norman Bates, mais ce n’est pas un regard de désir, bien au contraire. De ce fait, Marion n’est pas un total objet de fantasmes, car bien qu’elle soit perçue à travers le regard d’un homme, ce dernier n’éprouve que l’envie de la tuer. Autre chose importante par rapport à ce personnage féminin, c’est que cette dernière n’est jamais dépendante d’un homme. Certes, elle vole de l’argent pour retrouver celui qu’elle aime, mais le film permet au spectateur de s’identifier à elle, on ne passe pas à travers un autre personnage pour la cerner. Si ce film offre un regard sur les femmes aussi intéressant, c’est aussi pour l’influence qu’elles ont sur les autres personnages. Prenons le cas de la mère de Norman Bates, c’est un personnage que l’on ne voit pas dans le film et pourtant, elle a eu une telle influence sur son fils, qu’elle l’a rendu fou ; à tel point qu’il vêt même les vêtements de sa génitrice pour l’incarner. Les femmes sont donc le pilier de l’intrigue dans Psychose, elles permettent de faire avancer l’histoire et construisent même la psychologie de certains personnages. Elles jouent un rôle clef, contrairement à la majeure partie des films de l’époque.

J’espère que cet article vous aura plu et surtout permis d’en apprendre beaucoup sur la place de la femme au cinéma. Evidemment, il y a encore beaucoup à dire ; par exemple avec la place du sexe féminin dans le cinéma aujourd’hui et son évolution dans le domaine. Il y aura donc une suite à cet article. N’hésitez pas à me dire en commentaire si le sujet vous a plu et même si vous avez des suggestions pour compléter le post. On se retrouve la semaine prochaine pour un nouvel article -eh oui, maintenant on reprend le rythme habituel !-

4 Comments

  1. Maxou

    Hello, c’est maxou le driveur 😉
    en lisant ton article sur les femmes du cinéma, j’ai appris des choses lol je vais mourir moins con mais sinon il est sympa ton blog.
    Y a beaucoup de recherche, d’info et de document.
    Bon après je suis nul niveau cinéma mais je peut juste te dire que c’est bien, continue sur ta lancé, ne te retourne pas.

    1. Léa Dabrowski

      Merci beaucoup Maxime, c’est le genre de commentaire qui fait super plaisir et qui motive énormément ! 🙂

  2. Jojo

    Hyper intéressant la partie sur Psychose, Content de savoir qu’Hitchcock semblait être un progressiste du point de vue de l’image de la femme !

    1. Léa Dabrowski

      Il était visionnaire sur beaucoup de points ! Souviens-toi de l’extrait de Fenêtre sur cour que l’on a vu 😉

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