Extrait du film Iris. Source : www.allocine.fr

Iris : Jalil Lespert nous plonge dans un thriller glaçant

Bonjour à tous ! On se retrouve cette semaine pour un nouvel article critique. A l’origine je pensais vous parler soit de Snowden ou du dernier film de Ken Loach : Moi, Daniel Blake. Le vote était d’ailleurs lancé sur les réseaux sociaux mais entre-temps je suis retournée au cinéma pour voir le dernier film de Jalil Lespert : Iris. J’attendais ce film depuis un moment déjà -et autant vous dire que je suis sortie de la séance très inspirée- ainsi malgré le sondage, j’ai pris la décision de mettre le vote de côté pour vous parler de ce projet du réalisateur français.

Avec ce nouveau film, le réalisateur nous plonge dans un thriller dont l’intrigue est simple mais captivante : Iris, femme d’Antoine, un riche banquier, a été kidnappée de manière mystérieuse. Enlèvement motivé par une soif de vengeance ? Mis en place par Iris elle-même ? Au fur et à mesure du film les enquêteurs vont aller de surprises en surprises avec cette affaire. Rapidement, le film se révèle comme très prenant de par son sujet mais aussi par l’action qui commence immédiatement. Le spectateur se retrouve plongé sans avoir forcément accès aux informations nécessaires pour comprendre le lien entre les personnages -pas de panique, le film ne nous laisse pas sans réponse- A travers divers flash-backs, on en apprend un peu plus sur la mise en place des événements et sur la personnalité de cette si mystérieuse Iris. En utilisant les différents points de vue, particulièrement ceux de Maxime et d’Antoine, le réalisateur donne cette impression au spectateur d’avoir un temps d’avance, d’en savoir un peu plus que les personnages. Mais Iris n’est pas un film aussi saisissable qu’il n’y paraît.

Extrait du film Iris réalisé par Jalil Lespert. Source : www.mondocine.net
Extrait du film Iris réalisé par Jalil Lespert. 

En effet, Lespert joue avec son spectateur, travaille la tension dramatique via une multitude de retournements. Ainsi, quand on saisit enfin les intentions des personnages, ces dernières nous glissent subtilement entre les doigts pour nous guider vers de nouvelles pistes. Le récit ne s’essouffle pas, n’offre aucune prévisibilité. Iris joue avec un rythme soutenu, finement maintenu. Il n’y a aucune raison de rester passif face à cette œuvre poussant le spectateur à mener l’enquête lui aussi. L’un des points forts du film est son côté psychologique. Ce sont les mêmes lieux qui reviennent, l’intrigue se passe dans un environnement relativement limité, et pourtant il y a toujours quelque chose qui nous échappe, un détail, une pensée qu’un personnage peut avoir et qui biaise notre jugement. De sa scène d’ouverture jusqu’au générique, Iris est surprenant, ne laissant jamais le spectateur dans la zone de confort qui est celle de la compréhension des enjeux.

Toutefois, ce qui forge aussi l’attrait du film ce sont ses personnages. Lespert creuse de manière intéressante leur psychologie, aucun ne répond de manière précise et immuable à une catégorie. Leur psychologie est nuancée, ce qui leur donne une réelle contenance et crée un intérêt fort à leur égard. Jalil Lespert leur donne une singularité et les caractérise à travers ses plans. Serrés et oppressants pour l’un, larges avec une forte profondeur de champ pour l’autre, le réalisateur inscrit leur identité au sein de l’image. Le cinéaste travaille d’ailleurs une esthétique sombre, aux teintes froides. Paris apparaît comme une ville oppressante à travers ces divers plans de mauvais temps, ce qui raccorde avec l’ambiance globale du film. Iris reste le protagoniste de tête, celui qui rythme l’intrigue. Tout se déroule autour d’elle et pourtant elle reste une personne très mystérieuse, que ce soit à l’égard des personnages ou bien même pour le spectateur. La femme a d’ailleurs une place centrale dans Iris, le réalisateur en fait une entité surplombante.

Cette mise en avant se fait d’abord sur le plan physique avec le personnage d’Iris, interprétation de la femme fatale. Elle est à la fois l’être aimé et désiré, une tentation pour tout autre homme à l’exception de son mari, qui évoque à son égard un amour profond. Le réalisateur la filme de façon poétique et envoûtante, tout particulièrement au sein de la maison close : outre son pouvoir sexuel, c’est son aura qui est mise en avant. Mais elle n’est jamais sexualisée dans le terme le plus trivial du terme, bien au contraire, elle domine les autres personnages. L’aspect physique de la femme n’est pas le seul abordé, bien au contraire, puisque le personnage de Nathalie Vasseur, enquêtrice sur l’affaire de l’enlèvement, est présenté comme une femme indépendante de façon globale mais surtout des hommes. A plusieurs reprises elle montre sa liberté face à ses sentiments et n’est pas caricaturée dans sa condition de femme. Ce protagoniste, bien que secondaire, apparaît rapidement comme un leader guidant son équipier masculin.

Romain Duris et Jalil Lespert sur le tournage de Iris. Source : www.allocine.fr
Romain Duris et Jalil Lespert sur le tournage de Iris. Source : www.allocine.fr

Avec Iris, Jalil Lespert nous livre un film sombre où le moindre détail est travaillé, remarquable. Il pousse ses acteurs -en particulier lui-même- jusqu’à une forme d’épuisement, tirant de leur jeu une justesse des émotions, renforcée par la musique. Cette dernière vient par touches ponctuelles, sans jamais prendre le pas sur l’image qu’elle complète. A travers ces notes stridentes, glaçantes, le spectateur se retrouve un peu plus plongé dans l’esprit des personnages, enfermé à leurs côtés dans le cadre de l’image. La photographie joue un rôle primordial dans le film, créant toute l’ambiance de ce dernier, Lespert a réalisé ici une image ultra travaillée dans ses détails, et nette, ne laissant pas place à l’improvisation dans le cadre. Certaines séquences telles que celle de la maison close -oui ce moment est marquant de beauté- sont présentées comme un spectacle, une poésie visuelle.

Vous l’aurez donc compris, Iris est un film beau, réussi avec du travail. Rien n’y est laissé au hasard, de l’intrigue au moindre détail de l’image, Jalil Lespert propose une œuvre minutieuse et fascinante -m’en faisant même perdre mes remarques comme vous avez pu le constater- J’espère que cet article vous a plu, sans doute avez-vous vu le film ou comptez-vous le faire incessamment sous peu -je vous y invite grandement- alors n’hésitez pas à me donner votre avis en commentaire et à en discuter. En attendant, je vous retrouve la semaine prochaine pour un nouvel article !

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