Le joker, personnage complexe vu sous trois aspects

Bonjour à tous et bienvenue pour un nouvel article ! A l’image des articles portraits dédiés aux acteurs ou réalisateurs que j’ai pu écrire sur le blog, cette semaine je souhaitais décliner ce format pour un personnage de fiction populaire et apprécié du grand public. Comme vous l’aurez deviné dans le titre, il s’agit du Joker.

Le Joker est un personnage emblématique de DC Comics, l’ennemi juré de Batman. Tous deux sont très liés puisque la première apparition de ce méchant adoré du public remonte au Batman #01 en 1940, mais aussi parce que tous deux se complètent. Créé par Jerry Robinson, Bill Finger et Bob Kane, il s’agit du personnage le plus complexe de l’œuvre de ce dernier. En effet, le Joker a développé de nombreuses facettes : personnage très intelligent, il s’agit d’un psychopathe maître du crime doté aussi d’un sens de l’humour très particulier, que l’on peut qualifier de sadique. Si le Joker est un personnage si populaire, c’est sans aucun doute dû à son passé mystérieux. Il en existe plusieurs versions : fou évadé d’un asile ou encore humoriste raté. Mais la plus connue d’entre elles est celle de sa chute dans une baie de déchets qui l’aurait défiguré et rendu fou. Bien que son passé varie selon les versions, si une chose est propre au Joker c’est son physique : reconnaissable à son teint blafard, ses cheveux verts mais surtout à son sourire. D’une adaptation à l’autre ces caractéristiques très particulières restent sensiblement les mêmes. Le Joker était en fait prédestiné à apparaître à l’écran puisqu’il est inspiré du personnage de Gwymplaine interprété par Conrad Veidt dans le film de Paul Leni L’homme qui rit. Ainsi, on peut le retrouver dans chaque adaptation de Batman au cinéma, mais toujours abordé différemment, ce qui ne fait qu’accentuer son aura.

.La première apparition du Joker à l’écran n’est autre que l’adaptation de la série du même nom comportant le même casting, Batman est la première version du super-héros et de ses ennemis sur grand écran. Personnage interprété par Cesar Romero, l’histoire du Joker n’est pas développée, tout comme celle des autres protagonistes. Le spectateur sait donc très peu de choses sur le personnage, ce qui est accentué par le fait qu’il n’est pas au centre de toutes les attentions. En effet, dans ce film les super-méchants se sont ligués pour mener à bien leur plan. Le Joker se retrouve alors noyé entre Mr Pingouin, le Sphinx et Catwoman, cette dernière prenant largement la tête du groupe. Ce parti pris scénaristique ne laisse pas beaucoup de place au développement des personnages. On sait donc très peu de choses sur le Joker, si ce n’est que c’est un farceur qui regorge de gags tous plus fantasques les uns que les autres. Tout le côté psychopathe que l’on retrouvait jusqu’alors dans les comics est effacé au profit d’un humour absurde et premier degré. Avec ce film donc la personnalité du Joker est seulement effleurée, il ne ressort pas comme étant un personnage à part entière mais fait plutôt partie d’un groupe, ce qui ne permet pas d’exploiter tout son potentiel. De plus, le lien puissant qui l’unit à Batman n’est pas développé, ce qui prive les deux personnages d’un développement psychologique intéressant. L’impact du personnage dans le cas de ce film est donc minime et ne suscite pas la curiosité du spectateur. Toutefois, Batman étant inspiré de la série du même nom, il doit être perçu comme une continuité de cette dernière, comme un épisode de plus.

Tim Burton et les prémices d’une construction psychologique

C‘est avec la version de Tim Burton que le personnage du Joker va voir sa psychologie et son humour noir développés, prendre vie à l’écran. De son nom d’origine Jack Napier, dès le début du film il est indiqué qu’en plus d’avoir été reconnu coupable d’attaque à main armée dans son adolescence, le futur Joker est aussi l’assassin du couple Wayne. Son lien avec Batman est de fait renforcé. Devenu le bras droit du mafieux Carl Grissom, Napier entretient sans gêne une liaison avec la petite amie de ce dernier. Grissom, qui décide de se venger, envoie Jack dans l’usine de produits chimiques où il tombe nez-à-nez avec Batman. C’est au cours d’un face à face entre les deux antagonistes que Batman pousse volontairement Napier dans une cuve d’acide. Le gangster y survit mais se retrouve défiguré. Il va alors prendre le surnom de Joker. Ayant assassiné Grissom, il prend la tête de la mafia et entreprend de commercialiser du Risex -l’acide qui l’a transformé- au sein de produits de beauté, causant la mort de ses consommateurs.

Dans ce film, Burton a fait le choix de développer le passé du Joker, une grande partie de l’œuvre y étant consacrée. Il est d’ailleurs le seul réalisateur à ce jour à avoir pris ce parti permettant sur un plan scénaristique de développer les motivations et la psychologie du personnage de manière claire pour le spectateur. Interprété par Jack Nicholson, le personnage lui colle à la peau, ne serait-ce que pour la performance réalisée. En effet, le jeu d’acteur de Nicholson rassemble ses traits caractéristiques, déjà présents entre autres dans Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975) de Milos Forman et Shining (1980) de Stanley Kubrick. Sont donc présentes ses expressions faciales si spécifiques telles que cet énorme sourire, ici renforcé par la déformation dont le personnage est victime. Avec ce parti pris de consacrer une partie importante du film au passé du Joker, il devient un personnage à part entière et plus seulement un simple ennemi de Batman. Les actions de ce protagoniste malfaisant trouvent un sens et ne sont plus réalisées dans le simple but de nuire à la ville puisqu’il s’agit d’une vengeance personnelle. Ce choix permet d’assouvir la curiosité du spectateur vis-à-vis de l’histoire du Joker mais aussi de nourrir la passion autour de lui. Ce qui est intéressant dans cette adaptation c’est le lien entre les deux personnages qui est renforcé. En effet, Wayne endosse le costume de Batman suite à l’assassinat de ses parents par Jack Napier qui lui-même devient le Joker suite à la chute provoquée par Batman. Ils sont donc l’un et l’autre à l’origine de leurs personnages. Chacun n’existe que grâce à l’interférence de l’autre dans sa vie. Cet impact permet finalement de révéler leur vraie nature, notamment pour le Joker. Effectivement, mafieux avant sa chute, cette dernière finalement l’élève, lui permet un certain épanouissement. C’est grâce au masque qu’il endosse qu’il prend la tête de la pègre et révèle une soif du mal jusque-là contenue. Ainsi, tandis que Jack Napier faisait son possible pour que Grissom ne découvre pas sa liaison avec sa petite amie, il cherche sans gêne et sans même se cacher à arracher Vicki des bras de Bruce Wayne. D’une certaine façon donc, le devenir de Napier relevait de son destin, ce dernier narguant d’ailleurs la chance avec son jeu de cartes, mettant en avant celle du joker, personnage qu’il finira par devenir…

The Dark Knight, installation du mythe

Le Joker mis en scène par Nolan est sans doute l’une des adaptations cinématographiques les plus complexes du personnage. Son passé est un vrai mystère pour le spectateur puisque tout au long du film il en donne diverses versions, empêchant ainsi de le cerner totalement. Mais il regroupe plusieurs caractéristiques propres au personnage. On fait donc face à un être psychopathe et instable d’un point de vue mental -et doté d’un sens de l’humour sadique- Il s’amuse du choix cornélien qu’il impose à Batman, faut-il sauver Rachel ou Harvey ? Il se rit aussi de la justice, jouant avec les forces spéciales en camouflant des otages en hommes armés. Même si le Joker ne parle pas explicitement de son passé, son attitude laisse transparaître quelques détails permettant de développer certaines théories. Il sait par exemple manier les armes de guerre et organise le braquage parfait -ce qui laisserait supposer qu’il aurait pu faire partie des forces spéciales ou alors qu’il s’agit d’un gangster aguerri- Cette dernière idée reprendrait alors son passé le plus exploité au cinéma jusqu’à présent. Dans The Dark Knight le Joker est donc un personnage à la psychologie complexe, laissant entrevoir des indices sur son passé tout en suscitant la curiosité du spectateur. L’interprétation de Heath Ledger, plus psychologique et sombre, est sans aucun doute la source de cet engouement du public pour cette adaptation du personnage. Et bien que son passé soit flou, ses intentions elles sont bien claires : semer le chaos dans Gotham. Le Joker manipule dans ce but Harvey Dent, le symbole de la justice, pour le convaincre de se venger des mafieux, des policiers corrompus mais aussi de Gordon et Batman ; il exprime très clairement le désir de semer le chaos dans la ville.

Tout comme la version du Joker que propose Jack Nicholson, le personnage de Ledger ne peut se passer de Batman. Ceci est d’ailleurs très clairement exprimé dans le célèbre face à face des deux personnages. Batman est la raison d’être de son antagoniste et, d’une certaine façon, de par ce lien peut être perçu comme son créateur. Le jeu d’acteur qu’Heath Ledger propose reste dans la continuité de son prédécesseur, Jack Nicholson. En effet, on y retrouve des mimiques similaires au niveau du visage -bien que l’acteur se soit approprié ses expressions- ainsi que des traits de caractère semblables entre les deux personnages. En effet, les deux comédiens proposent un Joker adepte de l’humour noir, chose plus accentuée dans l’interprétation de Ledger où le rire n’en est que plus glaçant. A contrario du Joker de Nicholson, ici Ledger adopte une apparence plus débraillée, délaissant l’aspect dandy chic, le soin de l’apparence pour un costume reflétant la psychologie de son personnage. Ainsi, le protagoniste fait écho à une certaine évolution de la population, n’agissant plus selon un but -celui de diriger la pègre pour le Joker de Nicholson- mais n’est motivé que par des pulsions de folie. Le parallèle avec la folie moderne de l’être humain souvent matérialisée par les tueries, en général de masse- fait donc du Joker de Ledger un personnage à la fois contemporain et intemporel.

Suicide Squad, une nouvelle vision du personnage

Suite au succès de l’interprétation de Heath Ledger, la présentation du Joker par Jared Leto était un vrai défi à relever. Elle n’a pas séduit bon nombre de spectateurs, nostalgiques de la précédente version du personnage. Pourtant elle n’en est pas moins intéressante. En effet, en présentant le protagoniste à travers sa relation avec Harley Queen -seule motivation à la présence du Joker dans le film- David Ayer présente au public une autre facette du super-méchant. Jared Leto présente à travers sa vision du Joker un personnage violent, plus impulsif mais surtout réfléchi que le Joker de Heath Ledger -qui apparaît clairement comme fou- Mais sa relation avec Harley Queen est aussi le pilier du film. Outre la romance présentée, il est clair que le Joker se révèle manipulateur et violent. Il crée chez sa partenaire une addiction émotionnelle, se sert d’elle afin d’arriver à ses fins -chose déjà présente au sein du personnage originel- et n’hésite pas à se montrer brutal avec cette dernière. On pense ainsi à cette scène où il l’abandonne dans le fleuve, Harley Queen ne sachant pas nager, ou même encore cette scène coupée d’une violente gifle qui lui est assénée. Cet aspect d’emprise psychologique n’avait jusqu’alors pas été abordé par les différents acteurs ayant interprété le personnage. Et bien que sa présence à l’écran soit ponctuelle et son rôle minime, David Ayer en présente une facette nouvelle à l’écran.

Le Joker y est présenté comme fou amoureux d’une femme qu’il a créée à son image et que pourtant il ne cesse de repousser. Sa folie apparaît comme plus sombre, insaisissable -du peu qu’elle est présentée tout du moins- puisque moins compréhensible pour le spectateur du fait de sa spontanéité. En effet, la trame du protagoniste a une place plus que secondaire dans le film ce qui est un frein à l’intérêt du spectateur pour ce Joker -et a très largement provoqué un rejet de la part du public- L’aspect lunatique du personnage -présent notamment dans la scène de boite de nuit- renforce cette folie puisqu’un déclic se produit dans l’esprit du personnage qui change d’attitude sans même que le public ne comprenne pourquoi. Néanmoins, Jared Leto en propose une vision nouvelle tout en reprenant les codes classiques du super-méchant tels que le maquillage notamment.

Finalement, le Joker est un personnage qui, au fil de ses adaptations cinématographiques, a su s’imposer à l’écran et attiser l’intérêt du public. Il est passé de simple personnage, ennemi de Batman, à un protagoniste à part entière avec ses propres fans. Sa psychologie complexe mise en image par Bob Kane a été au fil des décennies travaillée et approfondie, pour en faire un personnage insaisissable, sûrement le plus énigmatique de tous les super-méchants mais aussi le plus apprécié des spectateurs. Protagoniste à la psychologie riche, proposant un travail de jeu intéressant pour les acteurs -le rôle ayant par ailleurs, selon les rumeurs, coûté la vie à Heath Ledger qui décéda d’une overdose médicamenteuse peu de temps après le tournage- il est une source de fascination pour le public ainsi qu’un rôle à double tranchant pour les acteurs qui sont attendus au tournant pour leur interprétation. Bien que le Joker de Nicholson ait instauré les caractéristiques communes aux interprétations suivantes et que celui de The Dark Night ait marqué durablement les esprits, le personnage présente de nombreuses autres ressources à exploiter comme l’a essayé Jared Leto avec Suicide Squad. La sortie d’un nouveau film sur les origines du Joker avec Joaquin Phoenix dans la peau du plus célèbre super-vilain de Gotham est donc attendue avec une certaine impatience sur les écrans. Et vous, quel est votre avis sur le Joker ? Dites-moi tout en commentaire !

2 Comments

  1. Carfax

    bonjour, comment as tu? super article. j’ai aimé les 3 films, les 3 interprétations. le joker est un de mes personnages préférés justement pour ce coté insaisissable et un peu frappé. je n’aime pas les personnages super lisse à la superman, ils sont ennuyeux. passe un bon week end et à bientôt!

    1. Léa Dabrowski

      Hello ! Merci beaucoup pour ton commentaire. En effet, le Joker est un personnage surprenant aux multiples facettes ce qui est très appréciable. Passe une belle journée 🙂

Laisser un commentaire