L’exportation des films français sur le marché américain, comment ça marche ?

Bonjour à tous et bienvenue pour un nouvel article ! On se retrouve aujourd’hui pour un billet axé sur l’économie du cinéma et plus particulièrement sur l’exportation du cinéma français aux Etats-Unis. Notre cinéma est, dans la conscience collective, perçu soit comme un cinéma d’auteur -et donc peu accessible du grand public- soit comme un cinéma de comédies -souvent définies par le terme de  »navets »- Difficile donc d’imaginer une exportation de cette production. Or, malgré les préjugés que nous pouvons avoir, notre cinéma national a du succès à l’étranger. L’idée de cet article est donc de vous expliquer le processus d’exploitation d’un film français sur le sol américain ainsi que les aides et stratégies mises en place pour une optimisation de son succès public.

La progression du cinéma français sur le sol américain est notable depuis quelques années, pourtant il s’agit d’un marché difficile à conquérir. Bien que les chiffres ne cessent d’augmenter sur les divers rapports réalisés chaque année, le marché n’en reste pas moins fragile et surtout dépendant des multiples stratégies mises en œuvre pour son développement. Les Etats-Unis, pays où l’exportation de films français est la plus importante, et représentant un marché intéressant pour la cinématographie française, n’en est pas pour autant le plus accessible. Face à un public réticent au sous-titrage, ne connaissant pas le doublage et habitué aux films distribués par les Majors, il se révèle compliqué et délicat pour le cinéma français de se faire une place.

exportations des films français

Le CNC -Centre National du Cinéma et de l’image animée- organisme créé dans le but de soutenir le cinéma français, assure de diverses manières l’exportation du cinéma national. Face au potentiel des films français pour l’exportation, des aides financières ont été instaurées -il s’agit entre autres d’une aide à la prospection pour la vente- facilitant la vente des films à l’étranger. Cette aide a pour but de soutenir la stratégie de prospection mise en place pour un film. Elle est attribuée aux sociétés d’exportation -des distributeurs spécialistes du marché étranger- pour des films de langue française agréés par le CNC ou par le Fonds Sud -aide mise en place pour l’exportation de films- et ayant moins de 4 ans. Cette subvention qui autorise un plafond annuel par société de 130 000€, un plafond par film de 25 000€ et un maximum de 10 films soutenus peut prendre en charge jusqu’à 50% des coûts. Cette mesure mise en place en 2008 a récemment été remplacée en 2015 par un plan d’export. Il s’agit d’un fonds de soutien automatique de plus de 8,5 millions d’euros. Cette aide fonctionne sous forme de prime au succès -pouvant aller jusqu’à 250 000€ par film- calculée sur la base du nombre d’entrées en salle. Ce financement versé aux exportateurs peut être réinvesti de deux manières : pour des minimas garantis afin d’améliorer le financement de films à forte ambition ou pour des dépenses de prospection et de promotion. L’intérêt de ce fonds de soutien est d’inciter les producteurs à prendre en compte le potentiel d’exportation d’un film. Outre les subventions mises en place par le CNC, l’organisme a également instauré depuis 2004 des outils de statistiques afin de suivre l’évolution d’exportation du cinéma français à l’étranger et en l’occurrence aux Etats-Unis. Afin de rester proche du marché de l’exportation, le CNC a créé dès 1949 un organisme chargé d’assurer la promotion des films français à l’étranger : UniFrance. Tout comme le CNC, chaque année UniFrance met en place des bilans sur l’état d’exportation du cinéma français aux Etats-Unis, donnant des données plus précises.

Ces rapports mettent en avant une augmentation de l’exploitation des films français sur le sol américain. Ainsi, dans son rapport de 2010, le CNC souligne une augmentation des recettes en Amérique du Nord de 27,7% par rapport à l’année précédente. Malgré cette augmentation des recettes, les films français en langue française ne représentent que 7% des entrées pour des films de productions française, le reste correspondant à des films soit de co-production, soit de production française mais en langue non françaises -il semblerait que les Américains ne soient pas très curieux de notre cinéma- Outre des indications statistiques et les chiffres communiqués, ces rapports du CNC et d’UniFrance donnent énormément d’informations sur la manière de distribuer et d’exploiter ces films. Ainsi dans son rapport de 2010, le CNC met en avant les deux types d’exportation : l’exportation à visée d’exploitation et l’exportation à destination d’un distributeur américain qui se chargera de la diffusion du film. Ce rapport divise le secteur de l’exportation en trois catégories : tout d’abord les sociétés affiliées à des diffuseurs et qui ont un catalogue important, ensuite les filiales de groupes d’exploitation qui diffusent le catalogue de films qu’elles produisent et enfin les sociétés indépendantes. Il ressort dans ce rapport que le marché est de plus en plus concentré, en effet, trois des plus grosses sociétés dans le domaine encaissent 64,2% des recettes. Dans ses rapports, UniFrance se révèle plus précis et offre une vision plus large du marché américain que le CNC. Mais dans ses chiffres, il ne fait pas de distinction entre les productions françaises tournées en langue anglaise et les productions françaises tournées en langue française. Ainsi, dans son bilan de l’année 2012, l’organisme donne un résultat au box-office de 141 441 649€ de recettes pour environ 22 808 894 entrées et 60 sorties en salles. UniFrance met en avant les changements du secteur, de fait, il souligne dans ce rapport la modification de la distribution des films français via la mise en place du Day to Date et de l’Ultra VOD qui consistent en des sorties VOD limitées avant la sortie en salle des films.

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De plus en plus, les distributeurs mettent en place pour les films français des sorties sur les différentes plateformes de VOD, en effet ce mode de consommation représente 4,7 millions d’euros soit plus de la moitié des recettes du cinéma français sur le sol américain. Cette stratégie de consommation d’un film de manière dématérialisée permet d’étendre le public touché par la cinématographie française en la rendant plus disponible. Effectivement, bien que ces films soient diffusés en salle -particulièrement des salles indépendantes- la diffusion en multiplexe ne concerne que les films à succès commercial. Cette exploitation concerne majoritairement les grandes villes telles que New-York ou Los Angeles qui bénéficient de sorties en exclusivités. Des circuits indépendants tels que le Landmark Theater proposent des films français sur 52 sites, dans 21 villes, ceci concernant plus de 200 écrans. Malgré un nombre de copies variant, allant d’une seule pour Et soudain, tout le monde me manque de Jennifer Devoldère qui bénéficia d’une semaine de diffusion à près de 200 pour Intouchables réalisé par Olivier Nakache et Eric Toledano exploité pendant trente-quatre semaine. Par conséquent, le cinéma français est clairement présent aux Etats-Unis. Il est d’ailleurs le premier cinéma étranger diffusé mais ne touche qu’un public de cinéphiles avertis.

Mais en plus de toucher un public restreint, le cinéma français fait face à un marché de la distribution saturé. UniFrance rapporte dans son bilan de 2012 un marché plus compétitif suite à l’arrivée de Cohen Media. Cette société créée en 2008 par Charles S. Cohen est devenu en l’espace de 4 ans le distributeur principal de films français. Bien que la vente directe à un distributeur local impliquant de céder les droits VOD et SVOD soit la plus courante, les exportateurs ont deux autres choix qui s’offrent à eux. Ils peuvent effectuer la vente via des agrégateurs, un intermédiaire entre les ayants droits et les plateformes d’exploitation, ou bien vendre les droits du film directement aux plateformes. Cette dernière possibilité ne concerne que les films dits  »commerciaux », n’ayant pas besoin de marketing ou de publicité. Le cinéma français bénéficie donc de divers moyens d’exploitation mais parvient surtout à s’adapter à l’évolution des modes de consommation et les met à profit dans le but de développer son marché. Néanmoins les exportateurs ne misent pas seulement sur les circuits d’art et essais ou les plateformes de VOD pour distribuer leurs films. Les festivals représentent un marché important et un moyen non négligeable pour les œuvres de trouver des distributeurs sur le sol américain.

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La Film Society of Lincoln Center a ainsi mis en place en partenariat avec Unifrance Rendez-vous with French cinema, un événement se déroulant à New-York et présentant les meilleurs films français de l’année. Depuis sa création en 1995, Rendez-vous with french cinema est un tremplin pour le cinéma français. En effet, il permet de faire connaître aux Américains les films d’outre-Atlantique mais permet aussi aux films non achetés de trouver un distributeur. Ainsi en 2012, 14 films non achetés par les distributeurs américains ont été diffusés dans le but de les convaincre. Si Rendez-vous with french cinema est un festival dont le but est autant de faire découvrir le cinéma français que de le vendre, UniFrance organise aussi d’autres événements à but uniquement commercial comme le Festival du film français de COLCOA. Créé en 1996 et se déroulant à Los Angeles, il regroupe chaque année une cinquantaine de films diffusés à un public constitué de membres de la Directors Guild of America et de la Writer Guild of America. Le but de Colcoa est de vendre les œuvres à des distributeurs ou d’en inspirer des remakes. UniFrance et plus largement le CNC visent tant le succès public des films en faisant découvrir la cinématographie française que leur succès commercial en cherchant à convaincre distributeurs et exploitants de la qualité de ces films et de leur place sur le marché américain.

Dans l’idée de renforcer cette stratégie, UniFrance et les services de l’Ambassade de France aux Etats-Unis ont créé en 2014 Young French Cinema, un programme ayant pour but de rendre accessibles les films français n’ayant pas de distributeur au-delà de New-York ou Los Angeles -les films sont donc diffusés dans des salles d’art et d’essai, des ciné-clubs ou encore des université- Vingt œuvres bénéficient chaque année de ce programme, la distribution étant gérée par UniFrance et l’Ambassade de France, les films peuvent être loués, à l’unité ou selon un programme. Ainsi des films qui n’auraient pu être exportés faute de distributeurs ont la chance d’être exploités mais surtout découverts par un public qui ne se restreint pas seulement à des spectateurs cinéphiles vivant dans de grandes villes. Via ce dispositif, en 2016, 94 projections ont eu lieu dans 23 villes différentes. Young French Cinema permet par ailleurs de rencontrer les réalisateurs en mettant à disposition des subventions pour ce dernier. Outre le côté attractif d’une séance de cinéma en compagnie du réalisateur, cela permet de populariser le cinéma français sur un territoire hostile aux films étrangers. C’est à travers ces festivals que la critique américaine découvre le cinéma français et en fait la promotion. En effet, une grande importance est accordée à cette dernière et seuls les films pouvant potentiellement lui plaire sont diffusés. Il y a donc une restriction des œuvres exportées, ces dernières doivent logiquement plaire au public, trouver ses spectateurs et donc correspondre un minimum aux goûts américains. De fait, les biopics tels que La môme ont plus de chance que des films aux sujets sociaux d’attirer le public.

L’exploitation des films français sur le marché américain relève donc de diverses stratégies de vente. Face à une industrie globalement réticente, les exportateurs misent sur les nombreux marchés développés, que ce soit la sortie en salle, la VOD ou les festivals. Ils ne cessent d’innover et d’adapter les modes de distribution dans l’idée de garder une croissance en constante augmentation. Accompagné entre autres par le CNC et UniFrance, la cinématographie française bénéficie d’un soutien de poids pour faire face à un marché difficile à conquérir. Enfin, malgré une baisse importante de l’exportation mondiale du cinéma français pour l’année 2016, les chiffres restent en légère progression pour l’Amérique du Nord avec 64 films sortis en salles pour 5,6 millions d’entrées -soit 0,4% de part du marché et une hausse d’un peu moins de 2% du nombre d’entrées- ce qui reste encourageant pour l’économie du cinéma.

J‘espère que cet article vous a plu et permis d’en apprendre plus sur l’exportation du cinéma français sur le sol américain. Etiez-vous au courant de ces aides et festivals mis en place pour notre cinématographie ? Que pensez-vous des efforts faits par le CNC et UniFrance pour faire connaître la production française ? Donnez-moi votre avis en commentaire !

 

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