Super-héros. Source : www.ohmymag.com

La représentation du super-héros américain au cinéma

Bonjour à tous ! On se retrouve enfin après cette absence qui s’est éternisée plus longtemps que prévu -vous n’imaginez pas comme écrire pour le blog m’avait manqué !- et cette semaine, on va aborder un sujet totalement dans l’air du temps. En effet, suite à la sortie de Doctor Strange cette semaine, j’avais envie de vous parler de super-héros et plus particulièrement de ceux qui inondent le marché cinématographique depuis plus de dix ans déjà : les super-héros américains. Plutôt que de vous faire une critique de ce nouveau film -moi qui suis loin d’être une experte du genre- je trouvais intéressant de faire un petit retour sur la façon dont ces surhommes ont été abordés sur le grand écran.

Comme vous le savez sans doute, les super-héros ont fait leur apparition à travers la culture underground, au sein de bandes dessinées, support qui s’est majoritairement développé dans les années 1930, suite à l’émergence des super-héros -comme par hasard !- Mais avant d’arriver au cinéma, ces hommes hors normes se sont d’abord approprié la télévision à travers ce que l’on appelle des serials. Le premier de ces programmes à succès a été l’adaptation de Batman en 1943 produit par la Columbia. Rapidement, les grosses sociétés de production s’intéressent à ces personnages dont le succès est retentissant auprès du jeune public. Encore aujourd’hui, des studios tels que la Warner Bros ou la Fox sont indissociables de ces films à gros budget. Nos protagonistes à la force extraordinaire vont ainsi prospérer de longues décennies sur le petit écran et il faudra attendre la fin des années 1970 -1979 plus précisément- pour les voir pour la première fois transposés au cinéma -mais ce ne sont que des premiers pas, plus ou moins timides-

Outre des adaptations plus que réussies telle que celle réalisée par Tim Burton, il faudra attendre les années 2000 (et plus exactement les événements du 11 septembre) pour que ce sujet s’impose et explose au cinéma. Le super-héros est alors vu comme le sauveur de la population américaine. Dès lors, les sociétés de production, majoritairement américaines -notons tout de même une co-production britannique pour Kick-Ass vont transformer ce qui, à l’origine, était une culture à part entière en véritable industrie. Les codes cinématographiques vont alors évoluer et des réalisateurs vont s’approprier ces personnages qui ont conquis le cœur du peuple américain. Ainsi, lorsque le genre renaît au début du XXIème siècle, il véhicule une image patriotique et manichéenne très forte, considérablement renforcée par les serials. Les super-héros incarnent aux yeux des Américains leur Histoire, une sorte de genèse pour le jeune pays qui de fait s’inspire de religions profondément ancrées dans les consciences collectives telle que le christianisme -l’exemple de Superman comparé à Moïse est le plus flagrant- Mais ils sont aussi la représentation de personnes ordinaires qui réussissent, exemple parfait du self-made man, permettant ainsi une forte identification de la part du spectateur.

Super-héros. Iron Man réalisé par Jon Favreau. Source : www.afghanistan-analysts.org
Iron Man réalisé par Jon Favreau. 

Bien que les réalisateurs se soient de plus en plus investis dans la construction psychologique de leurs personnages, l’image de ces derniers et la structure dramatique dans laquelle ils sont ancrés restent similaires de films en films. Il est ainsi présenté comme un surhomme en marge de la société, tel Wolverine qui est présenté dans Wolverine : le combat de l’immmortel comme un homme reclus. De fait, les X-men font partie d’une communauté à part entière, crainte par le commun des mortels. Mais ce qui caractérise aussi bien souvent le super-héros c’est la double identité qu’il entretient : personne lambda le jour, il cherche à protéger et garder secrètes ses capacités hors du commun -bon, il y a des exceptions, genre Tony Stark finit par avouer qu’il est Iron Man- Et évidemment, cela se retrouve au cinéma : dans la trilogie de Nolan, Batman cherche à cacher coûte que coûte sa double vie. L’exemple est facilement transposable à d’autres personnages : Superman, Spider-man, Deadpool, et j’en passe. Cette double identité est utilisée pour faire le bien, sauver le monde mais paradoxalement elle demande d’utiliser la violence, chose réprimée dans la conscience de ces personnages. Par conséquent, ce dernier n’aura recours à la brutalité que s’il se retrouve face à un conflit qui l’y pousse.

Cependant la construction du super-héros ne passe pas seulement par cette question de double identité. En effet, son élaboration passe par un schéma plus ou moins inchangé, regroupant des éléments similaires d’une adaptation à une autre, dont un en particulier : les épreuves. Ces dernières permettant de forger la personnalité du personnage, sont la source de sa motivation. Elles concernent généralement la souffrance d’un être aimé : Thor affronte le Destructeur seulement poussé par l’idée de sauver Jane, femme dont il est épris c’est cliché mais l’amour les rend héroïques- Cette question de mise en danger d’un proche cher au héros est représentative de valeurs fortement véhiculées par les Etats-Unis : la notion de famille et de patrie. La première renforce cette identification déjà évoquée avec l’idée qu’un super-héros peut être vulnérable tant d’un point de vue psychologique que physique -Superman craint la kryptonite, d’ailleurs il meurt dans Batman VS Superman La seconde, elle, renforce son attachement à son pays, sa patrie, lui permettant de trouver un sens et un intérêt à ses actes. Il n’apparaît plus comme un être anomique, exclu de sa société mais il lui devient nécessaire. L’ennemi combattu ne se restreint pas simplement à un antagoniste mais ce dernier représente toute une idéologie. Tony Stark ne s’attaque pas seulement à des terroristes afghans, de façon métaphorique, le personnage venge le pays sept ans après la chute des tours jumelles. Avec le film de super-héros, le pays se venge de ses ennemis, inscrivant dans la conscience collective son histoire mais aussi sa puissance.

Super-héros Photo extraite de Thor réalisé par Kenneth Brannagh. Source : www.marvelcinematicuniverse.wikia.com
Thor réalisé par Kenneth Brannagh. 

A la différence des serials, le long métrage a permis au genre de développer ses personnages, de leur créer une psychologie et de ne plus en faire de simples pions. De cette façon, sont présentés au public des super-héros en prise avec eux-mêmes, refusant parfois leur condition. De plus en plus, l’idée de anti-héros s’impose et est exploitée au cinéma, tout dernièrement avec Suicide Squad dont l’idée est de mettre en avant les super-vilains indissociables de nos surhommes -on se passera de commentaire sur la qualité du film- Ces films tendent avec ce parti pris à rapprocher leurs personnages d’un être ordinaire, avec ses défauts et ses faiblesses. Leurs agissements ne tiennent plus à un but collectif mais plus vers un intérêt personnel. Deadpool ne combat Ajax que dans le seul but de retrouver sa beauté perdue et par la suite pour sauver Vanessa, il est totalement désintéressé de son rôle de super-héros et de l’image qu’il véhicule. Il vit d’ailleurs ce statut comme une condamnation, cherchant tout simplement à redevenir l’homme banal qu’il était auparavant. L’esquisse est plus ou moins semblable avec Doctor Strange, dont le seul but est de retrouver la pleine capacité de ses mains. Le film montre un personnage en conflit avec ses envies et ce qu’il est, refusant d’accepter le rôle important qu’il pourrait avoir dans le combat contre le mal afin de conserver sa place dans la société.

Depuis plus d’une décennie déjà, la thématique du super-héros s’est imposée au cinéma, en faisant même un genre à part entière. Le septième art a permis à ces personnages d’évoluer d’un point de vue psychologique, leur donnant une plus grande profondeur, bien qu’ils soient toujours ancrés dans une même structure dramatique. Le succès auprès du public a été retentissant, faisant de ces films une réelle industrie avec des plannings de réalisation s’étendant sur plusieurs années et brassant bien entendu des sommes d’argent conséquentes. Bien évidemment, il y a encore beaucoup à dire sur cette thématique -que j’essayerai d’approfondir avec des exemples plus concrets- qui semble avoir encore de longues années devant lui. J’espère que cette petite introduction du genre vous a plu, n’hésitez pas à me donner votre regard et point de vue sur le sujet en commentaire. En attendant, on se retrouve la semaine prochaine pour un nouvel article !

5 Comments

  1. Klafouty Opom

    Cet article me plaît beaucoup.
    J’apprécie surtout le soin qui est fait de décortiquer les valeurs morales et sociales si chères aux américains dans les moindres faits et gestes de leur super héros. Indispensable angle de lecture de ce genre de film, cela m’amène à poser une petite question (qui sait peut être trouverais-je une réponse dans un prochaine article) : sur quelles valeurs ou icônes socio-culturelles le « super héros français » devrait il se baser pour espérer égaler la notoriété de son collègue d’outre Atlantique ?
    Au plaisir de relire un article du genre (et de pleurer en voyant que tu apprécies le Batman de Burton *snif*) comme tous ceux que tu auras à proposer 🙂

    1. Léa Dabrowski

      Ta question est très pertinente ! Alors, à part le film Vincent n’a pas d’écaille je ne connaît aucun long métrage mettant en scène un super-héros (celui-ci avait d’ailleurs pas mal de lacunes). La particularité du super-héros américain est qu’il a une forte valeur historique pour le pays et c’est pour cette raison qu’il a autant de poids et qu’il est difficile de lui arriver à la cheville. A mon avis, pour mettre au point un super-héros aujourd’hui et en France plus particulièrement il faudrait se baser sur des sujets sociaux d’actualité (la place de la femme, la question du travail ou du pouvoir par exemple) mais qui sont tout de même assez fréquents dans les débats et demandent une réelle prise de position. Peut-être qu’avec une super-woman française ultra féministe on pourrait s’imposer dans l’industrie du super-héros.
      En tout cas merci d’avoir lu l’article et d’avoir pris le temps de commenter. Je suis ravie qu’il t’ai plus (eh oui j’ai bien aimé la version de Batman *muhahaha*) 🙂

  2. Klafouty Opom

    Okey-dac !
    Mais du coup, l’ultra féminisme ne serait il pas vu comme une parodie des revendications de la femme ?
    On a souvent tendance à moquer l’engouement féminin pour son combat pour la parité alors donner à la femme une cape (ou bien tout autre accessoire de super-héros, indifférencié) et/ou des supers pouvoirs est-il un plus ou un handicap ?
    Ou bien à l’inverse, est-il obligatoire et nécessaire de souligner son idéal féministe puisqu’elle « a déjà » de quoi s’imposer et défendre sa/ses positions ?
    Je n’ai pas vu les séries comme Super Girl ou Jessica Jones mais l’on m’en a vanté le « girl power », serait-ce à cela que tu fais référence ?

    1. Léa Dabrowski

      Je n’ai pas du tout vu les séries dont tu parles (je n’en regarde pas beaucoup en fait) mais on se retrouve face à un paradoxe : il faut un personnage au convictions fortes pour être pris au sérieux mais cela peut aussi le poussé à être tourné en dérision. C’est un peu quitte ou double en fait. Que ce soit tant bien pour un super-héros féminin ou encore un super-héros issu d’une autre minorité.

      1. Klafouty Opom

        Il existe peut être des exemples de films ou de séries dans lesquels ces caractères ne sont pas trop malmenés malgré leurs conditions de supers êtres.
        J’aimerai bien voir ça en tout cas.
        C’est une bonne piste d’étude 🙂

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