Sylvain Chomet. Source : objectifgard.com

Sylvain Chomet, cinéaste d’une forme de nostalgie

 

Bonjour à tous ! J’espère que vous avez tous passé de bonnes fêtes et que ce début d’année n’est pas trop difficile -la reprise post-fêtes c’est violent- On se retrouve aujourd’hui pour un nouvel article et cette semaine on va reprendre les sujets sur les réalisateurs, ça faisait un petit moment déjà que je n’avais rien posté sur cette rubrique -avouez, ça nous a tous manqué !- mais ce n’est pas l’envie qui manquait. J’ai choisi pour la reprise de cette catégorie un réalisateur qui vous connaissez sans doute -et que j’affectionne tout particulièrement- : Sylvain Chomet. Je vous avais vaguement parlé de ce cinéaste lors d’un article tag Et toi c’est qui ton crush ? mais j’avais envie de revenir plus en détail sur cette figure du film d’animation.

Avant toute chose, faisons un petit point biographique sur Sylvain Chomet afin d’apprendre un peu mieux à le connaître. Diplômé de l’Ecole supérieure de l’image, Chomet se lance d’abord dans le monde de la bande dessinée en tant que scénariste particulièrement. C’est à cette période que naît sa collaboration avec Nicolas de Crécy, qui réalisera plus tard les décors de son premier court métrage. Après avoir travaillé dans le monde de la publicité et réalisé quelques clips, c’est à partir de 1991 que Sylvain Chomet se lance dans la réalisation cinématographique. Il mettra 7 ans pour réaliser son premier court métrage : La vieille dame et les pigeons. Cette œuvre assoira les thématiques propres à sa filmographie et le fera connaître. Pour ce film sorti en 1998, Sylvain Chomet recevra le Cristal du court métrage au festival d’Annecy et sera nominé aux Oscars. Ce film pose l’univers du réalisateur et lance le début d’une sorte de fil conducteur que Chomet poursuivra au fur et à mesure de ses films. Mais le film qui le fait connaître et avec lequel il confirme son talent n’est autre que Les Triplettes de Belleville sorti en 2002.

Dessin d'une des triplette du film Les Triplettes de Belleville réalisé par Sylvain Chomet. Source : www.diaphana.fr
Dessin d’une des triplette du film Les Triplettes de Belleville réalisé par Sylvain Chomet. Source : www.diaphana.fr

Le réalisateur nourrit au long de son œuvre de nombreuses thématiques qui se font écho au fil du temps, telles que le motif de la vieille dame. Que ce soit dans son premier court-métrage, dans Les Triplettes de Belleville ou encore d’une certaine manière dans Attila Marcel, premier film de prises de vues réelles du cinéaste, via les deux tantes, on retrouve de manière récurrente la figure de la vieille dame. Elle pousse le personnage principal à agir, à prendre sa vie en main d’une certaine manière. Ces vieilles dames qui animent les films de Chomet vont de pair avec ce personnage principal dont les caractéristiques sont plus ou moins similaires d’un film à un autre : proscrit dans un mutisme qui s’étend au film entier ou non, il est souvent orphelin, vivant sous la tutelle de ces vieilles dames, comme dans Les Triplettes de Belleville et Attila Marcel, qui mettent tout en œuvre pour lui offrir une vie où il n’a rien à gérer. Ces vieilles dames ne sont pas sans se rappeler les unes les autres.

Madame Souza la grand-mère de Champion et la vieille dame du premier court métrage réalisé par Sylvain Chomet
Madame Souza la grand-mère de Champion et la vieille dame du premier court métrage réalisé par Sylvain Chomet

Madame Souza, la grand-mère de Champion dans Les Triplettes de Belleville, est inspirée du personnage de la vieille dame dans le premier court métrage de Sylvain Chomet et les Triplettes ont à l’origine été imaginées comme étant leurs sœurs. Ces petites vieilles sont omniprésentes dans l’œuvre de Chomet, évoquant une sorte de nostalgie qui rythme les films du réalisateur. En effet, les années 50 sont mises en avant, de La vieille dame aux pigeons à L’Illusionniste, au sein de ses films d’animation Sylvain Chomet semble les chérir. Via les décors toujours très soignés et minutieux, le cinéaste nous fait retrouver cette ambiance d’après-guerre renforcée par les personnages.

Ces derniers sont d’ailleurs très souvent définis par leur physique, et malgré le mutisme global de ces films, ces caractéristiques permettent d’affiner la psychologie des protagonistes et de les rendre attachants aux yeux du spectateur. En très peu de temps, Sylvain Chomet permet de nous faire comprendre la complexité de ses personnages. Ainsi le policier de La vieille dame et les pigeons n’est pas uniquement un profiteur pique-assiette mais aussi un homme rongé par la faim. Cette dualité dans le personnage le rend autant opportuniste qu’il fait naître une sorte d’empathie chez le spectateur.

Ce qui fait la force de Chomet c’est aussi cet écho que font ses films entre eux : le décor et l’univers des Triplettes de Belleville nous rappelle largement celui de La vieille dame, comme une sorte d’aboutissement d’un travail entrepris. L’Illusionniste est un film transitoire dans la filmographie du cinéaste : reprenant les codes esthétiques des deux premiers films de Sylvain Chomet, ce film d’animation réalisé en 2010 renforce l’hommage au cinéma que s’efforce à rendre le cinéaste dans son œuvre. Ici, la référence aux Grands du septième art n’est plus discrète comme c’était le cas dans son premier long métrage, en particulier au début du film avec une reprise de la musique de Betty Boop (produit par les frères Fleischer) vu selon le dessinateur humoristique Albert Dubout. Avec L’Illusionniste, c’est plus qu’un clin d’œil à Jacques Tati que fait Sylvain Chomet puisqu’il reprend un script oublié du très célèbre réalisateur.

Photos extraite des films L'Illusionniste et Attila Marcel réalisés par Sylvain Chomet.
Photos extraites des films L’Illusionniste et Attila Marcel réalisés par Sylvain Chomet.

Outre le scénario écrit par Tati, l’hommage se poursuit même au sein du film. La scène pourrait paraître anodine : la diffusion d’un extrait de Mon oncle dans la scène du cinéma, et pourtant avec ce passage, Chomet nous montre qu’il est à un tournant de son œuvre. Dans ce film, il mélange ses créations passées en introduisant des éléments de ses autres films tels que l’agent de police ou encore le côté cabaret avec ses projets futurs via cette scène du cinéma. En effet, L’Illusionniste est à l’heure actuelle le dernier film d’animation du réalisateur qui pour son quatrième passage derrière la caméra a choisi de réaliser un film de prises de vues réelles Attila Marcel. Le choix était risqué mais Sylvain Chomet est parvenu à retranscrire tout l’univers qu’il avait construit jusqu’alors : un personnage enfermé dans le mutisme, deux tantines ultra protectrices et surtout des décors riches et variés. Tout comme Champion dans Les Triplettes de Belleville, Paul est orphelin. Psychologiquement bloqué dans son enfance, on retrouve comme une certaine nostalgie du réalisateur à travers le personnage de Madame Proust et ses madeleines. Cette dernière crée un déclic chez Paul comme la découverte du vélo en crée un chez Champion.

Sylvain Chomet est donc un cinéaste riche en références, que ce soit vis-à-vis de ses propres films ou d’œuvres d’autres artistes. L’un des plaisirs face à ses productions est de repérer les différents clins d’œil ainsi faits mais aussi de voir l’évolution du cinéaste. D’un film à l’autre il affine son univers, creusant certaines thématiques comme dans Attila Marcel où l’humour qui y est travaillée est frappant. J’espère que cet article vous a plu et donné envie de voir -ou revoir- les films de Sylvain Chomet. Connaissiez-vous déjà ce cinéaste ? Vous ai-je donné envie de le découvrir ? Dites-moi tout en commentaire. On se retrouve la semaine prochaine pour un nouvel article !

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