The Danish girl, une leçon d’amour et de liberté

Bonjour à tous ! Je vous retrouve cette semaine pour un nouvel article à propos d’un film et pas n’importe lequel : The Danish girl réalisé par Tom Hooper et sorti en janvier. J’ai choisi de vous parler de ce film aujourd’hui tout simplement parce qu’il m’a marquée et bien entendu j’ai trouvé des choses intéressantes -selon moi- à dire à son propos. Je ne sais pas si vous l’avez vu et si c’est le cas je serais curieuse de connaître votre avis -le but du blog c’est aussi d’échanger ses opinions- si ce n’est pas le cas alors regardez-le ! C’est un film à l’histoire poignante et très belle -dont la fin m’a quand même tiré une larme je dois l’avouer-  Mais entrons dans le vif du sujet !

Pour vous faire un rapide résumé du film, il s’agit d’un Biopic sur la vie du premier homme effectuant un changement de sexe. Née Einar Wegener, peintre danois du début du XXème siècle, le film nous fait suivre son évolution en Lili Elbe, la femme qu’elle a toujours été au plus profond d’elle-même. Il s’agit donc d’un sujet sensible, autant à l’époque des événements que aujourd’hui pourtant il est bien amené par Tom Hooper qui est un spécialiste de ce genre de films puisque Le discours d’un roi réalisé en 2011 l’a révélé aux yeux du grand public. Aborder ce thème est clairement audacieux dans une société comme la nôtre où le sujet fait encore débat -ce serait hypocrite de prétendre l’inverse quand on voit que ce sujet est encore la cible de discussions malgré les avancées récentes comme avec par exemple Catleen Jenner ou Laverne Cox- et pourtant j’ai trouvé dans cette oeuvre des thématiques intemporelles qui font sens, peu importe l’époque dans laquelle la question est traitée. C’est cela qui m’a motivée à vous parler de The Danish girl.

Einar remplaçant le modèle de Gerda. Source : The Telegraph
Einar remplaçant le modèle de Gerda. Source : The Telegraph

Ce que je relève tout d’abord dans ce film, au-delà de l’esthétique de l’image c’est particulièrement la manière dont Hooper traite cette question existentielle qui ronge son personnage. Ainsi, le spectateur ressent parfaitement le vécu de Lili vis-à-vis de ce changement d’identité et l’impact que cela a ; aussi bien sur elle-même que sur ses proches. Avec l’utilisation de gros plans il nous présente Lili découvrant qui elle est vraiment. Le réalisateur a fait le choix de plus se centrer sur le personnage plutôt que sur l’aspect social, ce dernier étant très peu représenté -seule une scène montre Lili se faire passer à tabac- Le film se concentre plus sur le fait de nous montrer ce que peut ressentir Lili, peut-être même essaye-t-il de nous mettre à sa place, de nous faire comprendre ce qu’elle peut vivre. Pourtant il manipule le double point de vue en nous montrant aussi l’impact que ce changement d’identité a sur Gerda, l’une des seules personnes soutenant Lili dans son projet, peu importe ce que cela implique. A partir du moment où Lili se révèle, il semble que Hooper ait opté pour le parti pris de nous placer du côté de Gerda. On perçoit les évènements selon son point de vue et il nous montre comment elle vit ce bouleversement. Cette dernière trouve l’épanouissement professionnel à partir du moment où Lili découvre sa vraie nature, il s’agit alors d’une libération pour tous, et non quelque chose de personnel -bien qu’en acceptant Lili, elle se résout à perdre le mari qu’elle aime- Tom Hooper cherche à rendre son personnage plus proche de nous, il inscrit son évolution comme faisant partie de sa nature profonde dès le début du film. Pour cela, il ouvre son oeuvre avec une multitude de plans montrant la nature, une nature contre laquelle on ne peut se battre, métaphore de ce qui est ancré au plus profond de son personnage. Le motif du tableau que l’artiste peignait avant de se découvrir n’est pas anodin ; il représente son enfance, cette période où l’inconscient s’efface. Ce paysage récurrent n’est autre que l’expression de la personne qu’elle est réellement, il s’agit en fait d’une recherche de soi.

Gerda peignant Lili. Source : www.collider.com
Gerda peignant Lili. Source : www.collider.com

Autre élément remarquable, il s’agit de l’interprétation de Eddie Redmayne -habitué des rôles atypiques puisqu’il a déjà joué à l’écran le personnage de Stephen Hawking dans le film de James Marsh : Une merveilleuse histoire du tempsincarnant Einar ainsi que Lili il est remarquable dans le fait que dès sa première apparition on sent une forme de malaise chez le peintre. Le trouble est perceptible dès le début du film, il est amené de manière subtile, fine pour exploser lors de cette scène où Einar remplace le modèle de Gerda. A partir de ce moment, le personnage va se couper peu à peu du cercle social dans lequel il est inscrit pour se refermer sur lui-même. Lili ne sort plus, comme si elle recherchait à se retrouver avec elle-même -ce n’est pas une peur vis-à-vis du regard que le monde peut porter sur elle, mais à mes yeux une découverte de soi comme si Lili était une adolescente qui apprivoise son corps-  Il y a en quelque sorte une forme d’inversion des rôles entre Lili et Gerda, la première abandonnant l’univers mondain pour laisser sa place à la seconde. Guidés par le regard de Tom Hooper  nous ne blâmons pas Lili, au contraire nous suivons les événements de manière neutre, comme si nous nous trouvions dans un documentaire. Aucun jugement n’est porté, que ce soit sur Lili qui par son comportement étouffe Gerda ou encore sur cette dernière qui découvrant la célébrité profite de cette nouvelle notoriété. Avec ce film, ce sont donc des sentiments intemporels qui sont mis en avant, en particulier l’amour qui unit les deux femmes, ces dernières se soutiennent malgré leurs désaccords. Cet amour est éclatant, il est transperçant, en particulier dans le soutien sans faille que Gerda porte à Lili. Bien qu’elle comprenne les motivations de sa moitié, il lui est difficile de lui laisser son indépendance de femme, on sent chez Gerda un besoin irrépressible de protéger cette personne à qui elle tient tant -cette implication de la part de Gerda est touchante et émouvante- Cet amour que les personnages éprouvent l’une pour l’autre va évidemment dans les deux sens puisque tout le film durant, le but de Lili est de se détacher de sa partenaire, de lui rendre la liberté de vivre sa vie, de pouvoir aimer un homme fait pour elle. En somme les personnages passent par des émotions certes triviales mais qui nous sont communes, que nous avons tous vécues un jour. Que ce soit l’amour profond que l’on porte à quelqu’un ou le besoin de pouvoir être la personne que nous sommes réellement. Ces sentiments renforcent la légitimité de Lili qui peut être remise en doute, en particulier à l’époque des faits -ce qui nous est montré avec les nombreuses consultations de spécialistes sans qu’une explication ne soit trouvée-

The Danish girl c’est donc un film sur l’amour mais aussi une belle leçon de liberté et d’écoute de soi. Je n’avais pas vu depuis longtemps un film aussi léger et poétique malgré le poids de son sujet. Il s’agit d’une belle leçon de vie, une preuve que tout est possible pour quiconque ose faire face au mur. J’espère que mon article vous a plus, avez-vous vu le film ? Qu’en avez-vous pensé ? J’attends vos avis en commentaire et vous retrouve dimanche prochain pour un nouveau post !

4 Comments

  1. Charlie

    L’article est sympa, on a un bon tour d’horizon du film et on sent l’engouement que tu as pu avoir en le visionnant ! Juste une question, tu ne replaces pas dans le contexte du biopic et j’aurais aimé savoir si l’histoire tel quelle est racontée était fidèle à l’histoire originelle, ou s’agit-il d’une adaptation libre ? Ce qui m’a l’air d’être le cas. Ensuite, je n’ai pas vu le film, mais est-ce que la légèreté avec laquelle est traité le sujet ne vient pas altérer un peu le propos et surtout altérer la force d’un sujet qui, comme tu dis, est encore largement tabou ? Ça fait deux questions du coup j’en pose une troisième, au risque d’être pointilleux ! Pourquoi opérer un changement de sujet, j’entends par là, pourquoi passer de Lili à Gerda ? Comment est abordée la transition, par quel moyen le réalisateur passe-t-il de Lili à Gerda ? J’avoue que ce changement de personnage m’intrigue et je ne comprend pas son apport scénaristique, ni même stylistique. A mon sens et à première vu, c’est même empêcher le spectateur de s’identifier au protagoniste. Doit-on y voir le fait que le réal n’assume pas jusqu’au bout le sujet et empêche alors l’identification à son personnage ‘trans’ ? Je n’ai pas vu le film et mes propositions ne sont que purement spéculatives mais ce choix de mise en scène doit pouvoir être expliqué.

    1. Léa Dabrowski

      Alors tout d’abord je n’ai pas parlé du contexte tout simplement parce que je n’y ai pas pensé, je suis restée très basée sur le film pour cet article mais il est inspiré d’une biographie sur la vie de Lili Elbe écrite par David Ebershoff. Je n’ai pas lu le livre mais je pense que Hooper a pris des libertés vis-à-vis du roman pour garder cette légèreté que l’on retrouve dans le film. Ce n’est qu’une interprétation personnelle, peut-être aura-tu un autre avis en regardant le film mais j’ai trouvé justement ce choix de réalisation intéressant dans le sens où le réalisateur ne cherche pas à stigmatiser son personnage. Cela rajoute une force à l’oeuvre dans le sens où il est clair que c’était inscrit en Einar qu’il est une femme (c’est un peu compliqué à expliqué mais j’espère que tu comprends ce que je veux dire). Du coup on sort un peu du cadre habituel qui a tendance à mélanger le point de vue privé et extérieur (la société quoi) et Lili peut pleinement s’exprimer, montrer ce qu’elle est vraiment. Ensuite, le passage de Lili à Gerda se fait dans la narrativité, Gerda prend de l’importance lorsqu’elle prend professionnellement parlant la place de Lili, elle devient l’artiste que tout le monde admire tandis qu’avant c’était Einar que les galeristes s’arrachaient et elle, elle restait dans l’ombre. Du coup c’est vrai que l’identification est rendue difficile, on passe de l’une à l’autre des personnages mais cela permet malgré tout de mettre en avant le combat représenté et c’est à ça que le spectateur peut s’identifier. Pour ma part lorsque j’ai vu le film je me suis plus retrouvée dans le personnage de Gerda et tout ce qu’elle a pu endurée, un peu comme si je me trouvais à sa place.
      Voilà j’espère que j’ai pu répondre le plus précisément possible à tes questions 🙂

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