The neon demon, dans les méandres du monde de la mode

Bonjour à tous ! On se retrouve aujourd’hui pour un nouvel article critique et cette semaine, comme pour le dernier film dont je vous parlais sur le blog (Alice de l’autre côté du miroir) il s’agit d’un film sorti récemment. Pour cet article, je vais prendre mon courage à deux mains et vous parler du dernier film de Nicolas Winding Refn : The neon demon -autant dire que ce n’est pas une mince affaire quand on voit comment l’œuvre du réalisateur pèse dans le domaine- Mais j’avais envie de tenter le coup même si de nombreuses revues en parlent mieux que moi. Acclamé à Cannes, j’ai pris la décision de ne pas me renseigner sur l’œuvre ni le réalisateur -que je ne connaissais pas- avant d’aller le voir au cinéma. Tout ce que je savais sur The neon demon avant de mettre les pieds dans la salle de projection c’est le remarquable travail fait sur la photographie -et c’est ce qui m’a motivée à aller le voir-

Film qui dénonce l’impitoyable monde de la mode, The neon demon nous fait suivre Jesse, une adolescente à peine débarquée à Los Angeles dont le rêve est de devenir mannequin. Elle est jeune, belle et prête à tout pour réussir dans ce milieu sans pitié. Rapidement repérée, elle gravit à une vitesse fulgurante les échelons de cet univers, attisant la jalousie de ses concurrentes. A travers ce thriller, Winding Refn met en image son point de vue sur un domaine sans pitié où la femme et sa beauté ne sont que des objets temporaires. A première vue le scénario semble bateau -rien de bien original, on sait tous comment est le monde de la mode- Mais ce qui fait tout le charme du film c’est la manière dont celui-ci est mis en scène. En effet, Winding Refn est un réalisateur qui a la particularité de beaucoup utiliser la métaphore dans ses films et évidemment c’est le cas pour The neon demon -mais rassurez-vous, elles sont plutôt simples à décrypter- Donc au-delà d’un sujet qu’on pourrait dans un premier temps considérer comme bateau, c’est la patte de son réalisateur qui donne un réel intérêt au film -ou l’art de s’approprier son sujet quoi-

Jesse attendant pour un casting. Source : www.linfotoutcourt.com
Jesse attendant pour un casting. 

Dès l’ouverture du film, le spectateur se trouve plongé dans l’ambiance. Entre lumière vive, image travaillée dans le moindre détail et musique envoutante, la scène d’ouverture annonce sans préambule le destin de Jesse dans cet univers mortel. Le côté ‘‘clipesque’’ du film ne fait que renforcer la beauté des images. Winding Refn sait sublimer ces dernières, il a un sens de l’esthétique incroyable, et le mettre au service du film ne fait que l’embellir. Tout ce travail esthétique est en parfaite osmose avec le sujet même du film -on parle de mode alors évidemment que l’apparence est primordiale- et le spectateur se retrouve immédiatement plongé dans ce monde de superficialité. Dans la première partie de The neon demon, le réalisateur alterne ainsi entre scènes de fiction permettant de faire avancer l’intrigue, et ces scènes plus ‘‘clipesques’’ permettant d’allonger le temps et de nous glisser dans l’esprit de cet univers très fermé.

Comme je vous le disais précédemment, les films de Winding Refn regorgent de métaphores et celui-ci ne déroge pas à la règle. Entre symboles de virginité, de pureté et l’idée d’une sphère démoniaque, le réalisateur n’a pas manqué d’idées. Il fait ainsi passer par l’image des messages plutôt que de faire parler ses personnages -car oui les dialogues ne courent pas le film- ce qui renforce cette idée de sphère où juste l’apparence compte et où la personnalité n’a pas d’importance. « La beauté ne fait pas tout. Elle est tout » Cette phrase prononcée par l’un des personnages résume parfaitement le message que Winding Refn s’évertue à faire passer sur ce milieu professionnel. Les filles passent et ne restent pas parce que leur beauté lasse. Jesse elle est envoutante, elle captive. The neon demon montre cette ascension foudroyante des modèles, une célébrité rapide mais qui les dévore : elle se fait rapidement happer par la noirceur de cet univers « Les femmes tueraient pour me ressembler »

Cette idée de monde vorace est en quelque sorte incarnée à travers le personnage de Ruby : maquilleuse qui côtoie les modèles en vogues, elle travaille en parallèle dans une morgue. L’image est saisissante et il apparaît clairement que l’univers dans lequel cherche à entrer Jesse est putride, morbide. Il y a donc une richesse des métaphores dans The neon demon, au point qu’on se demande pourquoi Winding Refn a utilisé certaines d’entre elles -on m’explique pour le puma ?- Mais de manière globale, elles permettent au réalisateur d’exprimer clairement ses idées sans devoir passer par les dialogues comme je vous le disais tout à l’heure -il n’y a rien de plus parlant que l’image-

Photoshoot avec Gigi et Sarah. Source : www.telerama.fr
Photoshoot avec Gigi et Sarah. 

Bien que le film soit très bien ficelé et que Winding Refn maîtrise son sujet, j’ai trouvé The neon demon parfois trop rapide. La transformation de Jesse n’est traitée qu’en une scène ; une unique scène où le spectateur peut observer son changement. Et c’est dommage car ce changement semble trop brusque, il arrive sans qu’on ne comprenne trop pourquoi. En fait c’est toute l’ascension du personnage qui évolue en flèche ce qui paraît un peu irréel -à peine est-elle arrivée que la petite Jesse travaille avec l’un des plus grands photographes du milieu- Cette rapidité dans le déroulement de l’intrigue est déstabilisante, mais ne serait-ce pas un parti pris de la part du réalisateur dans le but de montrer que dans la mode tout va très vite et rien ne dure ?

En conclusion, The neon demon est une pure beauté visuelle avec un incroyable travail de l’image, ce qu’on ne voit plus tellement au cinéma. Ce côté ‘‘clipesque’’ propre à Winding Refn est un réel point fort pour le réalisateur, ce qui -dans le cadre du film- permet de compenser avec ces petits manques vis-à-vis du scénario. J’espère que cet article vous a plu, avez-vous vu The neon demon ? Qu’en avez-vous pensé ? N’hésitez pas à me donner votre avis  en commentaire. On se retrouve la semaine prochaine pour une nouvelle publication !

13 Comments

    1. Léa Dabrowski

      Pourquoi tu n’as pas très envie de le voir ? Parce que tu as peur qu’il ne te plaise pas ou juste parce qu’il ne t’attire pas plus que ça ? 🙂
      En tout cas, merci beaucoup ^^

  1. Sweet Judas

    Je dois faire partie des rares personnes sur terre qui ont jamais entendu parler de ce mec… Je me méfie des long-métrages dont on glorifie l’esthétisme parce que, souvent, ça ne me touche pas si je sens une absence totale de scénario (l’exemple me venant en tête là tout de suite est Black Swan)(Nathalie devient parano quoi, céapeuprétou).
    Mais tous les articles que je vois passer à son sujet continuent à me titiller… Peut-être que j’essaierai (bon, pas au cinéma parce que c’est reuch’, mais peut-être).

    1. Léa Dabrowski

      Si ça peut te rassurer, avant le Festival de Cannes et tout l’engouement qu’il y a eu autour de The Neon Demon je n’en avais jamais entendu parler. En tout cas, je te conseille de le voir ne serait-ce que pour te fixer. Personnellement je l’ai trouvé très beau et au final le scénario est convaincant (en plus il reflète quelque chose de réel donc ça fait écho). J’espère que tu arrivera vite à le voir ailleurs qu’au ciné (le prix de certaines salles c’est abusé !) et j’attends ton avis avec impatience 🙂

  2. Elie

    « Acclamé à Cannes » ouais, enfin il a été hué. Il vraiment divisé !
    Sinon, je suis plutôt de ton avis. Beaucoup de travail autours de symbolique autours de la mort, notamment avec toutes les allusions aux vampires et au sang. Film à voir, car même si on est pas obligé de l’aimer, il change de ce qu’on peut voir d’habitude !

    1. Léa Dabrowski

      Ah bah des retours que j’avais via les réseaux c’était plutôt positif (ok je sors mdr). Bon après Winding Refn c’est pas un comme Dolan : soit t’aime ou tu déteste.
      En tout cas je suis contente que ça t’ai plus et dis moi quand t’es dispo pour un café ! 🙂

  3. mistigriffe

    Hello, j’ai exactement la même réaction que Romy, je pense que c’est un film très original, j’ai vu la bande de lancement mais je ne sais pas pourquoi … pas trop envie de le voir. Je crois que c’est assez dérangeant, sans doute, et ne suis pas dans le Mood d’être dérangée pour le moment. En tout cas, ton analyse est très fine. Merci.

    1. Léa Dabrowski

      Merci beaucoup pour ton commentaire, c’est très gentil 🙂
      Je crois que c’est le genre de film à voir parce qu’on a envie d’être un peu bousculé sinon il ne prend pas. En tout cas, quand tu l’aura vu n’hésite pas à me dire ce que tu en penses 🙂

  4. le monde de laura

    Je ne connais pas du tout ce réalisateur mais ta chronique me donne envie de découvrir son travail et je dois bien avouer que ce film me tente beaucoup puisque il a l’air d’être très beau à voir même si je dois bien avouer que je ne suis pas très fan de ce monde qui je trouve et trop jugée sur le physique et surtout la minceur, qui je trouve peuvent faire pas mal de dégât actuellement avec tout ces dictats.
    Bises

    1. Léa Dabrowski

      Le réalisateur dénonce justement ce côté très sombre dans le monde de la mode. Evidemment, il passe par de nombreuses métaphores donc ça demande un peu de réflexion. Mais le film en vaut vraiment le coup. Je pense qu’il faut le voir au moins une fois pour se faire une idée. Après c’est vrai que esthétiquement c’est assez particulier 🙂

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