Toujours dans le coup, Jordan étudiant et réalisateur

Bonjour à tous ! Vous vous souvenez, il y a quelque temps je vous parlais de nouveaux projets pour le blog avec la catégorie L’envers du décor. Eh bien aujourd’hui j’inaugure cette dernière avec une petite interview de Jordan ! Qui est-ce ? Jordan c’est un ami de fac, un gars avec qui je fais mes études et qui a un projet : celui de réaliser son premier court-métrage. Je suis sa petite aventure depuis quelques mois déjà et il m’a semblé évident de vous parler de son film. Tout d’abord pour vous faire découvrir un peu les coulisses de ce monde et ne pas seulement s’arrêter à de la théorie, mais aussi pour faire connaître davantage le projet de Toujours dans le coup. J’ai donc interviewé Jordan avant que le tournage ne commence. Un autre article sera publié sur le sujet lorsque la post-production du film sera terminée et que ce dernier commencera à être diffusé -un peu comme pour vous faire suivre le projet du début à la fin-

Mais avant de vous laisser avec cette petite interview, je me dois de vous raconter brièvement le synopsis du film. Toujours dans le coup c’est l’histoire de Danny et Simon, des employés de CCE, une entreprise française secrète qui cache des cadavres pour des particuliers. Alors que Danny veut mettre fin à sa carrière pour se concentrer sur sa vie de famille, Simon, lui, n’accepte pas cette décision. La dernière mission du duo (qui doit cacher un corps) sera perturbée par des événements étranges qui les mèneront vers une fin tragique…

Photo du tournage prise par Corentin Cramilly
Photo du tournage prise par Corentin Cramilly
  • Est-ce le fait de côtoyer des professionnels dans le cadre de tes études qui t’a poussé à réaliser un tel projet ?

Pour être honnête, c’est surtout ma collaboration cette année avec le cinéma Lux qui m’a donné la force de me lancer dans ce projet. Etant bénévole là-bas, je rencontre chaque semaine des gens du milieu et c’est un truc de fou d’échanger avec eux après leur film. En revanche, c’est vrai que les rencontres avec des professionnels (producteur, acteurs) à la fac m’ont rassuré pour la mise en chantier d’un projet comme Toujours dans le coup. On a aussi la chance d’avoir des professeurs hyper intéressés et intéressants, toujours à l’écoute, alors même le fait de leur parler de nos projets c’est encore plus de motivation.

  • Peux-tu nous décrire précisément le processus de travail que tu as suivi pour monter ton projet ?

En fait, j’écris des histoires depuis l’âge de 12 ans. Je veux les mettre en images depuis l’âge de 15 ans ; j’en ai 21. Tous les ans, je me disais « bon l’année prochaine, c’est la bonne » et puis en fait, non. Puis j’ai travaillé en usine à côté des études pour me faire un peu d’argent pendant deux ans, j’ai acheté ma caméra avec un peu de matériel mais je n’avais pas encore le cran pour me lancer. J’écrivais tout plein d’histoires, la moitié je ne les terminais pas, et pour les autres ce n’était pas à mon goût ou bien trop long. Alors à l’été 2015, je me suis dit que j’allais noter sur une feuille ce qui m’énervait, ce que je voulais changer, ce que je voulais dire aux gens. Bien sûr il faut faire le tri, mais en gros après j’ai mis toutes les idées dans un shaker puis il en est ressorti une histoire bien trop personnelle. Alors j’ai décidé de garder les idées mais de leur donner une forme complètement fictionnelle. D’où cette idée de transporteurs de cadavres et d’entreprise de camouflage. Fin 2015, j’avais enfin une histoire, assez simpliste pour être réalisable mais avec un potentiel intéressant pour qu’elle plaise à un grand nombre de personnes. 2016 se devait d’être l’Année. J’ai réuni une bande de potes, qui ont la même passion, puis on s’est lancés dans la production en janvier.

  • Un tel projet implique énormément de difficultés, peux-tu nous en parler ?

Franchement, depuis janvier (date de production officielle de Toujours dans le coup) plus d’une fois j’ai eu envie de tout foutre en l’air. Je sais, ça parait un peu exagéré, surtout pour un petit court-métrage sans grande prétention, mais c’est mon premier, c’est comme ta première fois. Tu prépares tout depuis si longtemps, tu veux que ce soit parfait même si tu sais que ça ne se passe jamais comme prévu. Tout d’abord, les acteurs : quand tu es à notre niveau c’est difficile d’avoir ce que tu veux, même si de ce côté-là on n’a pas à se plaindre. J’avais en tête le physique de mes personnages et j’ai trouvé des copains, susceptibles de tenir le rôle. Avec toute l’équipe on s’est réuni plus d’une fois pour lire le scénario et échanger puis à partir de ça on a fait tout un travail comme le dépouillement obligatoire. C’est notre Bible à nous, c’est bien connu, avec les plans redécoupés en mini séquences (sous forme de tableau) avec d’un côté le matériel à prendre, les figurants, le son, l’image, le décor, les accessoires… Puis le story-board, que j’ai aussi fait, même si mon cousin de 8 ans aurait fait mieux. Après j’ai construit avec l’aide de mon père des tonnes de trucs : un rail de travelling, un stabilisateur, des perches ; ça nous a pris un peu de temps aussi. Ce qui est fou c’est qu’on le prépare comme un court-métrage qui aurait 20 000 euros de budget ; sans blague. On a fait des dizaines de démarches et on a eu des bons plans, avec un peu de chance. On a eu une entreprise qui nous a fait des découpes de polystyrène, l’Université de Rouen qui nous prête ses locaux, une autre entreprise qui nous prête une nacelle de 13 mètres de hauteur pour un plan en bord de Seine. Tout ça gracieusement. Je voulais une demeure magnifique en bord de Seine, j’ai laissé un courrier dans la boite aux lettres, une semaine après j’avais une réponse par mail. J’ai rencontré les habitants et ils sont aujourd’hui emballés par le projet.

Après, c’est aussi beaucoup d’acharnement et de dépenses, physiques et financières. Je me suis vu être peintre, accessoiriste (fabrication d’un cadavre), maquilleur (préparation de plâtre et moule pour effets spéciaux). Pour la voiture, on en loue une. J’héberge toute l’équipe de Caen sur Rouen car le tournage se fait entre l’Eure et la Seine-Maritime. J’ai contacté des Maires, le préfet départemental (pour bloquer une route départementale, en vain, mais on bloquera une partie de la route) et même des associations de Rouen pour avoir des figurants pour une certaine scène. C’est épuisant tous les jours, relancer les gars car forcément les ‘‘acteurs’’ ont une vie à côté : l’un est étudiant, l’autre travaille, un des acteurs principaux a même dû renoncer à son rôle 3 semaines avant le tournage. J’ai dû rater 30 heures de cours ce mois-ci. J’en ai raté 10 en deux ans d’université. Ça s’explique par les allers-retours Caen – Rouen car il fallait voir les lieux de tournage, des rendez-vous avec untel et bien sûr ce n’était pas par l’A13. Je devais me taper Pont-L’Evêque et Pont-Audemer pour éviter les péages ; mais là je vois le bout. En tout cas le tournage va commencer, il y aura d’autres problèmes mais ça va me changer de toute cette production si compliquée entre deux cours.

Photo du tournage prise par Corentin Cramilly
Photo du tournage prise par Corentin Cramilly
  • Quels sont les projets post-tournage pour Toujours dans le coup ? Où sera-t-il projeté et envisages-tu de le présenter dans des festivals ?

Après tout ça j’aimerais le tester dans quelques festivals, voir déjà s’il est sélectionnable car tu as beau mettre tout ton cœur dans un projet, si ça ne correspond pas aux critères et aux attentes, tu peux te le garder pour tes amis Facebook et YouTube. Il y aura peut-être une projection au cinéma Grand Forum de Louviers car je connais un peu le gérant et il est super cool. D’autant plus qu’on tourne dans le coin donc ce serait presque ‘‘normal’’. Puis une projection au Lux serait le rêve car c’est un des meilleurs cinémas de France mais après il faut que ce soit de qualité !

  • Que représente pour toi ce projet, autant d’un point de vue personnel que professionnel ?

Personnellement, ce serait un vrai bonheur car je pourrai enfin me faire une carte professionnelle hyper stylée avec mon nom, mon prénom et mon métier et leur dire « allez voir Toujours dans le coup, c’est ce que je fais en tant que réalisateur ». Ça aurait de la gueule. Non, plus sérieusement, ça me permettrait de pouvoir prétendre accéder à une école de cinéma évidemment, et leur proposer quelque chose. J’ai aussi cette petite idée derrière la tête, je me dis que si le film n’est pas très professionnel mais assez sympa et qu’on voit qu’il y a du boulot, pourquoi pas faire le tour des boîtes de production et leur proposer alors mon film, qui prendrait malheureusement l’étiquette de prototype…

  • Enfin peux-tu nous parler un peu de ta relation avec le cinéma ?

A l’âge de 12 ans, je voulais être écrivain. Ma mère me lisait mais c’était terriblement mauvais. Puis j’ai connu le cinéma à 15 ans, j’ai eu ma première petite caméra familiale, une JVC. Je filmais n’importe quoi mais je m’entraînais déjà au montage. Puis d’année en année, je filmais mes voyages, je faisais des montages très ‘‘clipesques’’ typiques des adolescents de ma génération. Vers 18 ans, j’ai commencé à me politiser (c’est aussi l’année post-bac où j’ai travaillé deux ans en usine à Louviers). J’ai rencontré des gens supers, souvent je voyais que le cinéma influençait pas mal leur raisonnement. Puis au-delà du divertissement j’ai alors compris que le cinéma ça servait à autre chose. Aujourd’hui je relis mes histoires de ces deux dernières années et je vois qu’elles ont toutes un point commun : elles transmettent toutes des messages forts sur nos appartenances sociales avec un thème plutôt récurent : la lutte.

J’espère que cette petite interview de Jordan vous aura permis d’en apprendre un peu plus sur tout le travail que demande la préparation d’un film. Si le projet vous intéresse et que vous voulez suivre son évolution vous pouvez suivre Jordan et toute son équipe sur Facebook et Twitter.

3 Comments

  1. MAMAN

    Wouha super. mon fils. J espère que ton film va marcher. L interview est très bien fait.
    Bonne chance a toi. Gros bisousssssssssssssssss. Ta maman.

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